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Londres présente son plan pour la croissance dans un Royaume-Uni en crise
Le ministre des Finances britannique a présenté vendredi un plan de croissance pour l'économie du Royaume-Uni gardant la priorité sur la lutte contre l'inflation malgré les appels aux baisses d'impôts, mollement accueilli par les milieux d'affaires.
Fustigeant le "déclinisme" dans un Royaume-Uni au bord de la récession, Jeremy Hunt a exposé une stratégie de long terme focalisée sur les énergies vertes, les biotechnologies, les infrastructures, le numérique ou les industries créatives.
Balayant les appels aux baisses d'impôts venus de son propre camp conservateur, le Chancelier de l'Echiquier a affirmé que dans un contexte d'envolée des prix et de crise du coût de la vie, la "meilleure baisse d'impôts (était) une baisse d'inflation".
L'inflation atteignait 10,5% en décembre au Royaume-Uni.
En septembre et en octobre, l'éphémère gouvernement de Liz Truss avait publié un budget prévoyant des coupes d'impôts massives et des aides colossales à l'énergie, qui avait secoué les marchés, provoqué une envolée des taux d'emprunt et forcé la Banque d'Angleterre à intervenir.
M. Hunt avait dit en présentant son dernier budget mi-novembre, sur la base de prévisions de l'organisme public OBR, que le pays était déjà entré en récession.
Le Produit intérieur brut (PIB) britannique a fait un peu mieux que prévu en novembre, affichant une légère progression pour le second mois consécutif mais, selon les statistiques officielles, il s'est contracté de 0,3% sur les trois mois achevés fin novembre par rapport aux trois précédents.
En novembre, l'OCDE prévoyait que le Royaume-Uni connaîtrait la pire performance des pays riches du G7 lors des deux prochaines années.
- Manque de détails -
M. Hunt a admis vendredi que le Royaume-Uni n'avait "pas retrouvé ses niveaux d'emploi ou de production d'avant la pandémie". "Nous devons faire du Brexit un catalyseur pour des choix audacieux", a-t-il affirmé.
Le gouvernement compte sur une réforme de la directive européenne Solvency II, qui régit les assurances et doit entrer en vigueur d'ici quelques mois, pour attirer "100 milliards de livres d'investissements supplémentaires pour les actifs britanniques les plus productifs de cette décennie, comme les énergies propres ou les infrastructures".
Interrogé lors d'une brève conférence de presse sur l'impact négatif du Brexit sur la disponibilité des travailleurs ou le surcroît de paperasseries, M. Hunt a répondu que la sortie britannique de l'UE représentait "un gros changement dans nos relations économiques avec nos voisins (...) et, bien sûr, il y a des perturbations à court terme".
Enfin, le Chancelier a appelé les personnes ayant quitté le marché du travail pendant la pandémie à reprendre un emploi, pour réduire une importante pénurie de travailleurs causée en partie par les complications administratives du Brexit mais aussi par des maladies de longue durée.
Susannah Streeter, analyste de Hargreaves Lansdown, a estimé que "les détails manquaient cruellement" pour savoir comment le gouvernement comptait mettre en place ce plan. Le ministre a laissé entendre qu'il réservait ses annonces pour le budget de mars.
Ce discours intervient après une série de critiques des milieux d'affaires.
Le milliardaire James Dyson, fondateur du groupe éponyme, a par exemple qualifiée de "stupide" et de "myope" la stratégie économique.
Le patron de l'organisation patronale CBI, Tony Danker, a jugé lundi que le pays était à la traine sur la croissance verte, a déploré les obstacles à la circulation des travailleurs qualifiés européens et l'abandon d'une grande partie des réglementations héritées de l'UE cette année.
Il a estimé vendredi, en réaction au discours, que le Chancelier avait posé "un cadre solide pour la croissance. Nous espérons que le budget dans moins de deux mois comportera de nouvelles mesures fortes pour nous faire avancer".
"Ces vingt dernières années, le Royaume-Uni est passé d'une économie avancée en termes de potentiel de croissance à une économie tout juste moyenne" à cause de la "crise financière, d'une décennie de rééquilibrage budgétaire et du Brexit", ont pour leur part commenté les économistes de la banque Berenberg.
"Mais la moitié de cette chute est due au Brexit" et, "pris dans la politique de son parti, Hunt est incapable de promettre la principale chose que veulent entendre les entreprises pour dynamiser l'investissement: qu'il va (...) mettre fin à l'incertitude du Brexit et réparer les liens avec l'UE, le principal marché britannique".
D.Johnson--AT