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Les tracteurs de la Coordination rurale ont rejoint la tour Eiffel
Des tracteurs d'agriculteurs membres du syndicat Coordination rurale sont entrés au cœur de Paris jeudi avant l'aube et certains ont gagné la Tour Eiffel, afin de porter dans la capitale les revendications d'une profession en colère.
"Ils se baladent" dans Paris et sont notamment passés sur les Champs-Elysées, a indiqué à l'AFP un porte-parole de la CR, faisant état de "quelques dizaines de tracteurs" entrés par les portes sud de la capitale.
D'après un journaliste de l'AFP, une vingtaine d'agriculteurs sont présents à la tour Eiffel, leurs tracteurs - une dizaine - garés tout près.
Sur la pelle d'un tracteur, il est inscrit "CR 33 NON AU MERCOSUR".
Selon Ludovic Ducloux, coprésident de la CR 33, les agriculteurs sont arrivés vers 03H30-04H00 près de la Dame de fer. "On a mis 40 minutes à arriver, on n'a pas trouvé de gendarmes sur notre route", a-t-il commenté auprès de l’AFP.
D'après le porte-parole de la Coordination rurale, quelque 250 tracteurs s'apprêtaient mercredi soir à entrer dans Paris.
"On avait dit qu'on monterait à Paris, on y arrive", a ajouté Ludovic Ducloux.
Mercredi, Eloi Nespoulous, président de la Coordination rurale (CR) d'Occitanie, à la tête d'un cortège de 40 tracteurs, avait assuré que les agriculteurs membres de son syndicat viendraient "coûte que coûte crier (leurs) revendications".
Le président du deuxième syndicat agricole, coutumier des actions musclées, Bertrand Venteau, avait pour sa part affirmé que la CR entendait porter "pacifiquement" ses demandes aux parlementaires et sur des lieux parisiens "symboliques", quitte à voir la moitié de ses troupes "finir en garde à vue".
Un arrêté de la préfecture de police mercredi soir avait interdit l'accès des tracteurs à certaines zones sensibles de la capitale notamment l'Elysée, Matignon, le Parlement, les ministères de l'Agriculture et de la Transition écologique, ou le marché de Rungis, entre autres.
La Coordination rurale avait dit souhaiter converger vers des lieux symboliques ou de pouvoir comme l'Assemblée nationale ou le Sénat.
Mercredi, des heurts et interpellations ont émaillé certains déplacements, mais sans les arrêter.
La CR entend protester notamment contre l'accord de libre-échange entre l'UE et des pays du Mercosur mais aussi contre la gestion par l'Etat de l'épizootie de dermatose nodulaire bovine (DNC) qui a attisé la colère agricole début décembre dans le Sud-Ouest, bastion historique de la CR.
- Concurrence déloyale -
Depuis l'hiver 2024, les agriculteurs demandent des simplifications administratives et un allègement des normes, notamment européennes, jugées trop contraignantes et propice à créer une concurrence déloyale.
Ni la loi d'orientation agricole, adoptée début 2025, ni la loi dite Duplomb et encore moins les promesses de Paris et Bruxelles n'ont convaincu les syndicats, reçus plusieurs fois à Matignon mais aussi à l'Elysée depuis décembre.
La FNSEA et ses alliés des Jeunes agriculteurs (JA) ont appelé à la mobilisation nationale dimanche dernier mais pour des actions locales, contrairement à 2024, quand la puissante alliance syndicale avait lancé ses tracteurs sur Paris.
Le président de la FNSEA Arnaud Rousseau présentera ses vœux à la presse à 10H00 à Paris.
En attendant, le syndicat, accusé de cogestion avec l'Etat par les deux autres syndicats, a temporisé, annonçant mardi que le Premier ministre Sébastien Lecornu leur avait promis des mesures "concrètes" d'ici la fin de semaine.
- Ligne rouge du Mercosur -
Le "chiffon rouge" pour le syndicat dominant est l'accord commercial UE-Mercosur dont la probable signature lundi pourrait intensifier la mobilisation.
La Commission européenne a tenté de répondre aux inquiétudes des agriculteurs en brandissant les clauses de sauvegarde à l'étude, puis une rallonge budgétaire anticipée pour la politique agricole commune 2028-2034, alors qu'elle prévoyait de l'amputer dans son projet initial.
Les négociations pour la prochaine PAC ne font toutefois que commencer et la France se tourne plus vers le dossier de la taxe carbone européenne aux frontières pour arracher l'exclusion des engrais de ce mécanisme qui augmenterait drastiquement les coûts pour les agriculteurs.
Si Bruxelles a ouvert la porte à une telle suspension, Emmanuel Macron s'est montré plus affirmatif: la taxe "sera révisée pour permettre la suspension de son application aux engrais, tandis que les droits de douane sur les engrais et intrants seront abaissés rapidement", a-t-il assuré mercredi soir sur X, dans la foulée de la ministre Annie Genevard.
"Ce ne sont pas des avancées, on repousse des choses", s'est désolé mercredi soir Edouard Legras, vice-président de la CR sur RTL.
nal-mdz-ved-sha/jnd
G.P.Martin--AT