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"Magnifiques" mais "problématiques": à Rome, l'hiver doux-amer aux côtés des étourneaux
Dans leur combinaison blanche, cinq employés agitent un haut-parleur lâchant une salve de cris stridents en plein coeur de Rome. En un éclair, une nuée d'étourneaux s'envole...
Tous les ans, entre octobre et février, des millions d'étourneaux migrent du Nord de l'Europe vers l'Italie pour passer l'hiver sous des températures plus douces.
Et au crépuscule, leurs arabesques aériennes habillent le ciel de la ville éternelle d'ombres ondoyantes, offrant aux passants un spectacle féérique au-dessus des monuments millénaires.
"Je n'ai jamais vu cela de ma vie... C'est grandiose !" s'exclame Eva Osuna, une touriste espagnole, tout en immortalisant le ballet avec son smartphone tandis que le ciel se teinte peu à peu de couleurs rougeoyantes.
Leur présence - entre 500.000 et un million d'individus cette année, estiment les spécialistes - a pourtant ses revers.
Outre les nuisances sonores, "les étourneaux posent surtout problème à cause de leurs déjections, qui rendent les routes glissantes et amènent de fortes odeurs", même s'ils "ne sont pas porteurs de maladies", souligne Mme Manzia.
Pour limiter les désagréments, la municipalité tente tant bien que mal d'éloigner les volatiles en les effarouchant à l'aide de haut-parleurs et de lampes torches, via d'insolites "chasseurs" qui se faufilent dans la circulation.
"On agit sur leur réflexe de peur en utilisant leur propre cri d'alarme. C'est comme s'ils s'avertissaient entre eux que la zone est dangereuse et qu'il vaudrait mieux s'éloigner", explique à l'AFP Marianna Di Santo, responsable de la société privée Fauna Urbis, mandatée par la municipalité de Rome, la voix recouverte par les hurlements artificiels.
- Amusement ou exaspération -
"Il y a quelques années, ils n'étaient pas aussi urbains", constate Mme Manzia. "Mais en ville, les températures sont plus élevées et les lumières les aident à se repérer et à se protéger des prédateurs."
Sous certains arbres de la capitale, utilisés comme "dortoirs" par les étourneaux, il n'est pas rare de voir trottoirs, voitures et scooters maculés d'épaisses couches de fiente, comme le long du Tibre.
A tel point que certains Romains n'osent plus s'y aventurer sans ouvrir leur parapluie.
Devant l'exaspération des riverains, les autorités ont déjà expérimenté faucons ou lasers mais la méthode sonore est "la plus simple et efficace", juge Valentina de Tommaso, employée de Fauna Urbis. La société intervient "deux à trois fois par semaine" près de la gare de Termini, une zone "confortable" pour les oiseaux car lumineuse et à l'abri du vent.
"On diffuse des enregistrements d'environ 10 mn, avec des pauses pour ne pas qu'ils s'habituent au bruit", une méthode "perturbante" mais inoffensive visant à diviser les nuées pour limiter les dégâts, ajoute-t-elle, vêtue de la tête aux pieds d'une combinaison parée de bandelettes rétro-réfléchissantes.
Dans le flux des passants, touristes et travailleurs observent les masses volantes se scinder d'un oeil tantôt amusé, tantôt réprobateur tandis que les cris aigus et perçants déchirent l'atmosphère, conférant à la scène un air de film d'horreur.
"Ils posent beaucoup de problèmes. Se balader sous des nuées d'étourneaux, ce n'est vraiment pas idéal", tranche Francesco Fusco, ingénieur de 55 ans.
"Ils sont magnifiques. J'aime beaucoup les formes qu'ils créent", confie pour sa part Alessio Reiti, lycéen de 16 ans à la longue chevelure rousse, qui "ne voit pas le problème". "C'est leur nature, on ne va pas leur mettre des couches!" lâche-t-il en riant.
Y.Baker--AT