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L'Inde interdit les exportations de blé, le G7 s'alarme d'une aggravation de la crise
L'Inde a annoncé samedi interdire les exportations de blé face à la baisse de sa production, due notamment à des vagues extrêmes de chaleur, une décision qui va "aggraver la crise" d'approvisionnement en céréales avec la guerre en Ukraine, s'alarme le G7.
Deuxième producteur de blé au monde, l'Inde a décidé d'interdire les exportations de cette denrée, sauf autorisation spéciale du gouvernement, afin d'assurer la "sécurité alimentaire" de ses 1,4 milliard d'habitants.
Les contrats d'exportation conclus avant le décret pourront être honorés, la mesure ne concernant que les exportations futures. Pour ces dernières, l'Inde approuvera au cas par cas les demandes d'autres pays "afin de répondre à leurs besoins".
Réunis à Stuttgart, en Allemagne, les ministres de l'Agriculture du G7 ont aussitôt critiqué cette décision, qui intervient alors que le marché mondial du blé est déjà sous forte tension du fait du conflit ukrainien.
"Si tout le monde commence à imposer de telles restrictions à l'exportation ou même à fermer les marchés, cela ne fera qu'aggraver la crise et cela nuira aussi à l'Inde et à ses agriculteurs", a déclaré le ministre allemand de l'Agriculture, Cem Özdemir, à l'issue d'une réunion avec ses homologues.
"Nous nous sommes prononcés contre des restrictions d'exportation et appelons à maintenir les marchés ouverts (...). Nous appelons l'Inde à prendre ses responsabilités en tant que membre du G20", a-t-il ajouté.
Lancée le 24 février, l'offensive militaire russe en Ukraine perturbe gravement l'activité agricole dans les campagnes de ce pays qui était jusque-là le quatrième exportateur mondial de maïs et en passe de devenir le troisième exportateur de blé.
En raison du blocus imposé aux ports ukrainiens, une vingtaine de tonnes de céréales attend dans les silos d'être exportée et la récolte de cette année est menacée.
La hausse des prix et les pénuries font ainsi planer un risque de famine et de troubles sociaux en particulier dans les pays les plus pauvres qui importent massivement leurs besoins en céréales.
- Mesures protectionnistes -
Ce contexte fait en outre craindre des mesures protectionnistes de la part des pays exportateurs: fin avril, l'Indonésie, premier producteur d'huile de palme au monde, en a interdit les exportations afin de contenir la flambée des prix sur le marché intérieur et les pénuries.
Jusqu'à ce samedi, l'Inde avait pour sa part exprimé sa disposition à venir en aide aux marchés mondiaux en cas de problèmes d'approvisionnements.
"Nos agriculteurs se sont assurés de prendre soin non seulement de l'Inde mais de l'ensemble du monde", avait dit le mois dernier le ministre du Commerce et de l'Industrie, Piyush Goyal.
Le pays avait indiqué vouloir porter ses exportations annuelles de blé, à compter du 1er avril, de 7 à 10 millions de tonnes, apportant un peu d'air au secteur.
Jeudi, New Delhi avait par ailleurs annoncé que des délégations allaient se rendre dans plusieurs pays d'Afrique du Nord, en Turquie, au Vietnam, en Thaïlande ou encore au Liban pour "étudier les pistes de renforcement des exportations de blé depuis l'Inde". Il n'était pas clair samedi si ces déplacements étaient maintenus.
L'annonce de New Delhi intervient alors que l'Inde est confrontée depuis deux mois à des vagues extrêmes de chaleur: le pays a connu le mois de mars le plus chaud de son histoire, et la canicule s'est poursuivie ces dernières semaines avec des températures parfois supérieures à 45 degrés.
Selon des experts du changement climatique, l'Inde devrait être de plus en plus fréquemment touchée par de telles vagues de chaleur.
Plus tôt ce mois, le gouvernement avait indiqué que ces conditions climatiques allaient entraîner, pour la première fois en six ans, une baisse de la récolte de blé, d'au moins 5% par rapport à 2021. Quelque 110 millions de tonnes avaient été récoltés l'an dernier.
Samedi, les ministres de l'Agriculture réunis à Stuttgart ont eux "recommandé" d'évoquer la décision indienne lors de la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement du G7 en juin, où l'Inde sera présente en tant qu'invitée.
O.Ortiz--AT