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Dauphin tué par filet de pêche ? La preuve par l'autopsie
L'hiver calme a ramené moins de carcasses que les années précédentes. Pour autant, l'institut Pelagis ne chôme pas: cette semaine, un jeune dauphin mâle, dont les marques sur le corps laissent à penser qu'il a été pris dans des filets, est autopsié.
Dans une grande pièce ouverte sur l'extérieur de l'Université de La Rochelle, Willy Dabin et ses collègues s'affairent autour de l'animal, retrouvé sur la plage de Saint-Hilaire-de-Riez en Vendée en février. Le cétacé a été conservé au froid, son corps a été un peu dégradé par les oiseaux, mais au premier coup d'oeil, l'ingénieur d'étude, chargé de la partie échouage à Pelagis, institut scientifique qui suit les échouages depuis les années 1970, repère les marques sur sa peau.
Des bandes parallèles sur le ventre, "un maillage très rectiligne". "Des compressions alors que l'animal était vivant", lâche-t-il.
Tout au long de l'autopsie, les constatations resteront neutres. Ce n'est pas lui qui interprète les signes. Tout est consigné par écrit, photographié, pour que des vétérinaires établissent un diagnostic. Mais les lésions externes suscitent immédiatement une hypothèse: pris dans des filets de pêche. Dans ce cas, le dauphin reste coincé sous l'eau, et meurt d'asphyxie.
Mêmes constatations sur le long bec (rostre) du mammifère marin: on aperçoit des encerclements sur les lèvres supérieures et inférieures en continuité, des dents ont bougé dans l'alignement de ces lignes, quelques unes sont même cassées.
A l'examen interne, sous l'épaisse peau du dauphin, la chair a changé de couleur sous ces bandes compressées: elle a pris un teint violacé, alors qu'elle devrait être blanche.
Plusieurs faisceaux d'indices permettent d'établir un diagnostic de mort traumatique: un animal en bonne santé, avec des lésions externes spécifiques, une mort par asphyxie, un estomac plein (le dauphin s'approche des filets pour se nourrir), l'absence de co-morbidité majeure, ou encore la congestion de plusieurs organes, énumère Sarah Wund.
Vétérinaire, elle effectue son propre constat en parallèle, pour une double liste de vérifications lors de l'autopsie. En fonction des constats, un degré de certitude est associé au diagnostic.
"Les dauphins poursuivent les mêmes proies que les espèces de poissons ciblés par les pêcheurs", explique Elodie Martinie-Cousty, pilote du réseau Océans, mers et littoraux de l'ONG France Nature Environnement (FNE), qui assiste à l'opération.
- 3.000 à 11.000 par an -
"En France, on a perdu deux ans avec une nouvelle ministre (de la mer, Annick Girardin) et un gouvernement qui n'ont pas voulu entendre les scientifiques, et demandent des études" supplémentaires, déplore-t-elle. "Pendant ce temps on ne réduit pas les captures".
En 2016-2017, un premier pic d'échouages sur la côte atlantique a sonné l'alarme. Depuis, leur nombre suggère des niveaux de capture "qui ne sont pas soutenables" pour les populations de dauphins communs, espèce protégée, dans le golfe de Gascogne, rappelle inlassablement Pelagis. Un réseau de plus de 400 correspondants l'aide à surveiller le littoral.
Dans cette zone, les captures annuelles sont estimées "entre 3.000 et 11.000" dauphins, pour une population à l'échelle européenne de 680.000 individus, soulignait l'Ifremer début avril à l'occasion du lancement du projet Delmoges, visant à mieux comprendre l'augmentation de prises accidentelles par des navires de pêche depuis 2016 et proposer différentes pistes pour les réduire.
Les techniques d'autopsie, de plus en plus poussées, doivent permettre d'affiner les connaissances sur les causes de la mort. Les captures accidentelles, principalement par des chaluts pélagiques et des fileyeurs, sont la cause principale de décès chez les dauphins échoués.
La France est dans le viseur de la Commission européenne qui lui reproche de ne pas prendre de mesures suffisantes pour réduire les prises accidentelles "dans ses eaux et par sa flotte". Si elle ne fait rien, elle risque des pénalités financières.
Les mesures prises en réponse à cet avertissement -- installation d'émetteurs d'impulsions sous-marins (pingers) sur les chalutiers et amélioration de la surveillance (caméras embarquées, observateurs à bord, observation aérienne) ou obligation de consigner les captures accidentelles -- sont en cours d'évaluation, selon une source à la Commission.
"On a une possibilité de fermeture (temporaire de pêcheries, ndlr), on ne le fait pas, ce sont les dauphins qui en font les frais", tempête l'eurodéputée Caroline Roose (Verts), qui a assisté ce jour-là à l'autopsie, tout comme le sénateur Arnaud Bazin (Les Républicains). Et de rappeler que le fonds européen dédié aux affaires maritimes (FEAMPA), pourrait être utilisé pour financer d'autres techniques de pêche ou des compensations en cas de fermetures.
A.Anderson--AT