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Face au surtourisme, Venise expérimente un billet d'entrée à 5 euros
Une nouveauté de taille attend les touristes jeudi lorsqu'ils débarqueront à la gare de Venise: des contrôleurs seront chargés de vérifier qu'ils sont bien en possession du billet d'entrée obligatoire les jours de grande affluence dans la Cité des Doges.
Avec cette première mondiale, la ville espère endiguer le surtourisme en contraignant les touristes à la journée à payer cinq euros pour baguenauder le long de ses célèbres canaux.
"Le but est de trouver un équilibre entre le tourisme et la ville et ses habitants (...) Nous devons réduire l'impact du tourisme journalier certains jours. A certaines dates, il est trop important et cela crée un stress sur la ville", a expliqué l'adjoint au Tourisme Simone Venturini dans un entretien avec l'AFP.
Sur le parvis de l'élégante gare de Santa Lucia, principal point d'entrée dans la ville, une billetterie a été montée de toutes pièces pour venir en aide aux touristes dépourvus de ce nouveau sésame se présentant sous forme d'un QR code, disponible aussi en ligne.
- "Une expérimentation" -
Venise devient ainsi la première ville touristique au monde à imposer un droit d'entrée à l'instar d'un parc à thème, alors que des mouvements hostiles au surtourisme se multiplient, notamment en Espagne, poussant les autorités à agir pour concilier le bien-être des habitants avec un secteur économique crucial.
Reste à savoir si en dépit de son tarif modique et de l'absence d'un plafond au nombre de visiteurs, Venise réussira son pari.
Croisé à deux pas de la gare, Ashish Thakkar, un touriste d'origine indienne vivant en Floride, est sceptique: "Si je viens de l'étranger, ça ne me dérange pas de payer 5 euros (...) Je ne crois pas que ça fera une grande différence".
Pour l'adjoint au tourisme, il s'agit "surtout de décourager le tourisme de proximité des habitants de la région Vénétie qui peuvent visiter Venise quand ils veulent".
Le maire Luigi Brugnaro a lui-même reconnu début avril qu'"il s'agit d'une expérimentation", qui sera sans aucun doute suivie de près par d'autres grandes villes touristiques à travers le monde.
Sa commune, l'une des plus visitées au monde, a déjà banni de son centre historique les navires de croisière géants, dont les nuées de passagers devront aussi montrer patte blanche.
En pic de fréquentation, 100.000 touristes dorment à Venise, en plus de dizaines de milliers de visiteurs journaliers. A comparer aux quelque 50.000 habitants du centre-ville, qui ne cesse de se dépeupler.
A ce stade, l'expérience reste toutefois de portée très limitée: pour 2024, seuls 29 jours de grande affluence sont concernés par cette nouvelle taxe, qui démarre donc jeudi, jour férié en Italie, et est appliquée presque tous les week-ends de mai à juillet.
- Nombreuses exemptions -
Cette taxe cible en outre uniquement les touristes journaliers entrant dans la vieille ville entre 08H30 et 16H00 locales. Ils devront télécharger leur QR code sur le site dédié (https://cda.ve.it/fr/), disponible en anglais, espagnol, français et allemand, outre l'italien.
Une amende de 50 à 300 euros est prévue pour sanctionner les touristes qui chercheraient à passer entre les mailles du filet, même si les autorités locales ont affirmé vouloir privilégier la persuasion à la répression.
Les touristes dormant au moins une nuit sur place ne sont pas concernés et recevront gratuitement un QR code de leur lieu d'hébergement. En outre, de nombreuses exemptions sont prévues, notamment pour les moins de 14 ans et les étudiants.
Venise, célèbre dans le monde entier pour ses monuments, ses œuvres d'art, ses ponts et ses canaux, fait partie depuis 1987 du patrimoine mondial de l'Unesco.
En septembre, la ville avait toutefois échappé de justesse à l'inscription au patrimoine mondial en péril de l'Unesco, dont les experts avaient estimé que ce joyau était menacé par un tourisme trop important et le réchauffement climatique, du fait de mesures "insuffisantes" prises par l'Italie pour lutter contre la détérioration du site.
N.Mitchell--AT