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Avec le changement climatique, le paludisme se propage en Afrique australe
Dans un village reculé d'Afrique du Sud, des hommes vêtus de vert aspergent les murs d'une maison sous l’œil de son occupante. Assise dans la cour, Paulina Mhlongo patiente le temps que les agents sanitaires finissent de pulvériser l'insecticide anti‑moustique.
Son petit‑fils adolescent est tombé l'an dernier gravement malade du paludisme. Le parasite tue chaque année plus de 250.000 personnes et se propage en Afrique australe dans le sillage du changement climatique.
La "seule défense" de la famille contre les moustiques, vecteurs de la maladie, était un ventilateur bringuebalant, explique la retraitée de 63 ans.
Son village de Calcutta se trouve dans le Mpumalanga, l'une des trois provinces touchées par le paludisme en Afrique du Sud. L'évolution des pluies et l'augmentation des températures y favorisent la prolifération des moustiques.
Les fortes précipitations créent des flaques pour les œufs, tandis que l'élévation du mercure accélère le développement des moustiques et raccourcit la période d'incubation du parasite du paludisme.
Les cas de paludisme au Mpumalanga ont quadruplé au mois de janvier par rapport à l'année précédente, selon l'Institut national des maladies transmissibles (NICD). Cette flambée compromet l'objectif de l'Afrique du Sud d'éliminer la maladie d'ici 2029.
Alors que le paludisme n'est pas endémique dans le Gauteng, cette province, qui abrite les métropoles de Johannesburg et Pretoria, a enregistré plus de 400 cas et 11 décès au cours des trois premiers mois de 2026, d'après le NICD.
Même si la plupart des infections ont été importées d'autres foyers connus, ces chiffres sont "préoccupants", indique l'organisme de santé publique. Tout en précisant que la maladie ne peut être transmise d'une personne à l'autre faute de moustique vecteur dans le Gauteng.
- Inondations propices aux moustiques -
Le changement climatique d'origine humaine a augmenté la probabilité et l'intensité des phénomènes météorologiques extrêmes. Et le phénomène La Niña a apporté des pluies supérieures à la normale dans certaines parties de l'Afrique australe début 2026, provoquant des inondations propices aux moustiques, explique le NICD.
La Namibie a signalé 8.760 cas au cours des quatre premières semaines de 2026, soit une hausse de 68% par rapport à l'année précédente.
Le Mozambique, frappé par les inondations, a enregistré plus de 1,35 million de cas au cours du premier semestre - une hausse de 55%, accompagnée de dizaines de décès.
L'augmentation du nombre de cas de paludisme ne signifie pas que la maladie migre, souligne le professeur Jantjie Taljaard, chef du service des maladies infectieuses à l'université sud-africaine de Stellenbosch.
Le changement climatique dope plutôt les foyers existants et allonge les fenêtres de transmission, analyse-t-il, prévenant que "les zones rurales et les régions situées aux marges des zones de risque paludique recensées sont les plus exposées".
Au Mpumalanga, les effets se font sentir en première ligne au dispensaire de Cunningmoore. Dans un laboratoire délabré, deux hommes, en blouses blanches et gants en latex, ajoutent aux échantillons de sang une goutte de colorant de Giemsa servant à révéler les parasites avant de les examiner au microscope.
Les résultats sont renvoyés aussi rapidement que possible à l'hôpital de Tintswalo, l'établissement moderne situé à quelque 50 kilomètres.
- "Même en hiver" -
"Dans un service, il faut anticiper ce qui va se passer, mais avec le changement climatique, tout arrive au coup par coup", explique Sharon Lindiwe Nyoni, responsable du programme paludisme au département de la santé du Mpumalanga.
L'idée selon laquelle le paludisme se limite à l'été ne tient plus, prévient‑elle: "Même en hiver, on continue à observer une transmission."
En plus des systèmes de santé, les efforts d'intervention sont mis à l'épreuve. "Les inondations nous empêchent parfois tout simplement d'accéder aux populations", décrit la virologue Edina Amponsah-Dacosta à l'AFP.
La chaleur extrême constitue également un défi, faisant courir un risque de rompre la chaîne du froid nécessaire à l'acheminement de vaccins vers des dispensaires isolés, ajoute-t-elle.
Malgré l'augmentation du nombre de cas, les agents sanitaires indiquent que certains habitants doutent de l'innocuité de la pulvérisation d'insecticide et refusent de les laisser entrer.
"C'est très douloureux de voir quelqu'un mourir d'une maladie qui est évitable et, encore une fois, guérissable", témoigne Sharon Lindiwe Nyoni.
De la maison de neuf pièces de Paulina Mhlongo, qu'elle partage avec huit membres de sa famille, s'échappe l'odeur âcre de l'insecticide fraîchement pulvérisé.
"Je suis contente parce que les moustiques sont un problème", se réjouit la retraitée en servant à l'équipe sanitaire une collation maison à base de farine de maïs, de sucre et d'arachides.
M.Robinson--AT