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Japon: face aux canicules, l'esprit des samouraïs cherche le frais
Il a survécu aux guerres, aux séismes et à une catastrophe nucléaire, mais le festival millénaire de Soma Nomaoi, qui reconstitue des batailles équestres de samouraïs en armure, cherche maintenant à échapper aux étés japonais caniculaires.
L'évènement, qui se déroule dans la province de Fukushima, à 300 km au nord de Tokyo, présente toujours le même visage qu'il y a plus de 1.000 ans, lorsqu'il s'agissait d'un entraînement pour les guerriers à cheval.
Jusqu'en 2024, il se tenait en plein cœur de l'été. Mais le thermomètre montait si haut que cavaliers et spectateurs étaient pris de malaise et que des chevaux mouraient victimes de coups de chaleur.
Pour lutter contre les étés devenus insupportables, les organisateurs ont alors décidé d'avancer le festival fin mai, lorsque les températures sont plus fraîches.
Pour le plus grand plaisir de Mitsukiyo Monma, qui y participe depuis 54 ans.
"Il faut revêtir un kimono sous l'armure, ce n'est pas comme porter un t-shirt. Les vêtements étaient tellement trempés qu'on pouvait en essorer la sueur", explique à l'AFP cet homme de 69 ans, qui se rappelle avoir dû consulter un médecin un jour où le mercure avoisinait les 40°C.
Selon le consensus scientifique, le changement climatique causé par l'activité humaine rend les phénomènes météorologiques extrêmes comme les vagues de chaleur, les sécheresses et les inondations plus intenses.
Et le Japon ne fait pas exception. L'an dernier, le pays a connu son été le plus chaud depuis le début des relevés en 1898.
Des températures atteignant 40°C et plus sont devenues si fréquentes que l'agence météo japonaise a créé en avril un terme officiel pour les désigner: "kokushobi", les "journées d'une chaleur cruelle".
- 25 kilos d'armure -
De telles conditions étaient intenables pour le Soma Nomaoi, où les participants portent une armure d'environ 25 kilos et enchaînent les épreuves pendant trois jours.
Le rendez-vous débute traditionnellement par des courses avec des cavaliers portant de grandes bannières dans le dos. Des centaines rivalisent ensuite dans un vaste champ pour se saisir de drapeaux colorés propulsés haut dans les airs.
Le dernier jour, les participants tentent d'attraper des chevaux sauvages à mains nues pour les offrir aux divinités.
"J'ai l'impression d'être vraiment devenu un samouraï. Je me sens plus courageux, et le jour même, tout mon corps et mon esprit se tendent", explique Mitsukiyo Monma.
Les archives suggèrent que le festival s'est tenu sans interruption depuis au moins 400 ans. Il a même eu lieu après le séisme et le tsunami de 2011 qui ont fait plus de 18.000 morts ou disparus et gravement endommagé la centrale nucléaire voisine.
Après la catastrophe de Fukushima, le Soma Nomaoi a constitué une source de réconfort pour Fumihiko Futakami, directeur du musée de la ville de Minamisoma où il se tient, lorsqu'il a dû évacuer vers Tokyo.
"Même pour les personnes qui sont parties et vivent ailleurs aujourd'hui, lorsqu'elles pensent à leur ville natale, elles pensent aux guerriers à cheval" du festival, assure-t-il. "C'est l'identité de notre ville."
- Nuages et 18°C -
Autrefois, seuls les samouraïs pouvaient y participer, jusqu'à l'abolition du système féodal à la fin du XIXe siècle.
Les femmes, elles, ont été admises après la Seconde Guerre mondiale. Mitsukiyo Monma a réalisé un rêve lorsque ses deux petites-filles l'ont rejoint pour cette édition 2026.
Elle s'est déroulée sous un ciel nuageux et quelque 18°C.
Loin des conditions de 2023, lors de laquelle des dizaines de personnes et plus de 100 chevaux avaient souffert d'insolation. Deux équidés en étaient morts.
"Il y a peu d'ombre, donc je pense que c’est la température idéale", observe Haruto Inoue, 25 ans, venu d'une région voisine pour sa première fois au festival.
Soma Nomaoi est ouvert à tous, mais le nombre de participants diminue. A cause du vieillissement de la population et de la chaleur, des habitués comme Mitsukiyo Monma craignent que le festival ne survive pas un siècle de plus si des solutions ne sont pas trouvées.
Pour Fumihiko Futakami, l'avoir décalé est déjà "une bonne chose".
"Les chevaux sont plus vifs et les participants sont moins épuisés", remarque-t-il.
F.Ramirez--AT