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Dans les Vosges, 17 nouveaux grands tétras réintroduits malgré des critiques
Dix-sept grands tétras capturés en Norvège ont été réintroduits ce printemps dans le Massif des Vosges, a annoncé jeudi le Parc naturel régional en charge de la réintroduction du plus gros oiseau sauvage d'Europe, malgré un fort taux de mortalité des individus relâchés ces deux dernières années.
Il s'agit de la troisième "translocation" depuis le lancement il y a deux ans d'un programme visant à renforcer la population du grand gallinacé, appelé aussi coq de Bruyère, emblématique des Vosges d'où il a quasiment disparu.
Jusqu'ici, il a été marqué par un taux élevé de mortalité des animaux réintroduits, notamment en raison de prédations.
Des associations environnementales dénoncent ce programme, estimant que les conditions nécessaires à la survie de l'espèce ne sont plus remplies dans les Vosges.
Dix-sept spécimens capturés en Norvège, treize coqs et quatre poules, ont été relâchés entre le 13 avril et le 8 mai, a précisé le Parc naturel régional (PNR) des Ballons des Vosges.
"Les 17 sont condamnés. Sans doute à disparaître", comme beaucoup d'autres sont morts, mais aussi "à ne pas se reproduire", du fait du très faible nombre de femelles capturées, a réagi auprès de l'AFP Dominique Humbert-Beretti, président de SOS Massif des Vosges, l'une des associations opposées au projet.
D'autant qu'il y a aussi eu "quatre morts au moment de la capture", soulève-t-il, un chiffre "important".
- Deux années pas concluantes -
Les équipes du PNR avaient pour objectif entre la fin de l'hiver et le début du printemps de capturer davantage d'individus en Norvège "pour se donner plus de succès", avait indiqué à la presse le préfet des Vosges, Blaise Gourtay, début février.
L'accord passé entre le PNR, l’État français et la Norvège permet la capture d'un maximum de 50 oiseaux par an, et de 200 sur cinq ans. Le pays en compte 200.000.
Or, en trois ans, une trentaine seulement d'oiseaux ont été réintroduits dans les Vosges.
Ces oiseaux, équipés comme les précédents de balises GPS, ont rejoint les "trois à cinq individus présents", selon le PNR, soit un à deux individus originaires de Norvège ayant survécu et deux à trois autochtones.
Les autres sont morts, notamment du fait de la prédation.
Le gouvernement a annoncé début avril son souhait d'inscrire sur la liste des espèces protégées, donc non chassables, le grand tétras, ainsi que le lagopède alpin, selon des associations environnementales et la fédération de chasseurs, qui déplore cette décision.
- Recours -
En 2024 puis 2025, plusieurs associations environnementales ont déposé des recours devant la justice administrative pour contester les arrêtés autorisant la réintroduction. Jusqu'ici, la justice a donné raison à l’État, validant les arrêtés.
Cette année, elles ont adressé, fin avril, une "demande préalable" au PNR "visant à rechercher sa responsabilité dans la mise en œuvre et la poursuite du programme de réintroduction", expliquent-elles.
"Cette démarche pourrait ouvrir la voie, en cas de refus ou d’absence de réponse, à un recours contentieux devant le tribunal administratif."
Outre l'arrêt du programme, elles demandent "la reconnaissance d'un préjudice écologique lié au décès des oiseaux capturés" en Norvège puis relâchés, et appuient sur le contresens entre la réintroduction d'un "oiseau brandi comme preuve de vertu écologique", que les pouvoirs publics envoient "dans un territoire qui n'a pas retrouvé les conditions de son accueil", avec divers projets touristiques ou encore la réouverture jugée "précoce" des cols, comme la route des Crêtes, qui charrie un flux important de touristes.
Autant de nuisances qui gênent les grands tétras, des animaux qui ont besoin de quiétude.
Les associations estiment elles que "l'argent est gâché pour rien du tout" et qu'il devrait être utilisé à "redonner à ce massif un semblant de naturalité".
"On fera de toutes façons en fin d'année, début d'année prochaine, un bilan des premières années du programme, pour décider ensemble si on continue ou pas", selon M. Gourtay.
La France compte environ 4.500 grands tétras, selon le site internet des Parcs nationaux, dont 90% dans les Pyrénées, les autres dans les Cévennes et le Jura.
W.Nelson--AT