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La vigilance orange canicule étendue à 17 département, dont Paris
"Exceptionnel, historique, inédit": avec une alerte orange canicule étendue jeudi à 17 départements, dont Paris, et des pointes annoncées à 38-39°C, la France croule sous la chaleur en cette fin mai et l'heure est déjà à la vigilance pour les plus fragiles.
Après 13 départements de l'ouest mercredi, Météo-France a placé en alerte orange Paris, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne à partir de jeudi midi.
Sous l'effet d'un "dôme de chaleur" persistant, Météo-France a relevé mardi un nouveau record mensuel de température, avec un indicateur thermique national à 24,9°C après 24,6°C lundi, du jamais-vu.
"Il y a quinze jours, on avait rallumé le poêle à la maison parce qu'il faisait frais et là, on n'arrive même pas à faire de courant d'air en ouvrant les fenêtres", s'inquiétait mercredi Manon Made-Coytte, 27 ans, dont la poissonnerie de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), où 33°C sont annoncés pendant trois jours, n'ouvrira pas l'après-midi ni jeudi, ni vendredi.
"Avec la chaleur, ce sont les seuls endroits où l'on peut prendre l'air (...) Mais je trouve dommage qu'il n'y ait pas plus de points de fraîcheur dans la ville, j'ai dû faire une demi-heure de route pour venir", ajoutait Lucie, comptable de 33 ans.
Ce phénomène météorologique, qui a déjà provoqué plusieurs décès - directement ou indirectement - en France selon le gouvernement, est synonyme températures supérieures de 10 à 15 degrés aux normales saisonnières.
Mercredi, le mercure dépassait ainsi 30°C dans de très nombreux départements. Pour Matthieu Sorel, climatologue de Météo-France, l'épisode est "exceptionnel, historique, inédit": "tous les superlatifs sont possibles".
- En France et ailleurs -
La France n'est pas la seule concernée: de l'Angleterre à l'Italie, une partie de l'Europe vit également une nouvelle journée de chaleur inédite pour un mois de mai, bousculant les habitudes sur un continent qui se réchauffe plus vite qu'ailleurs.
"De nombreuses régions du monde sont aussi durement touchées, comme l'Inde et d'autres parties de l'Asie. La science est claire: le changement climatique d'origine humaine rend ces vagues de chaleur plus fréquentes et plus extrêmes", a déclaré mercredi Simon Stiell, responsable de l'ONU Climat.
Dans l'Hexagone, outre les 17 en alerte orange, 39 départements sont placés en vigilance jaune pour jeudi, de la Normandie aux Pyrénées en passant par la vallée du Rhône, tandis que les élèves candidats au bac professionnel plancheront sur leurs copies partout en France.
Sur un terrain de foot à Bordeaux mercredi après-midi, des enfants de cinq et six ans participaient à un entraînement test d'une structure associative, maintenu malgré les 36°C.
"Je ne comprends pas pourquoi ils n'ont pas pu le décaler à une autre date, ou le faire le matin", s'interrogeait Jean-Luc, un parent. "Ils nous ont dit qu'ils feraient plusieurs pauses, j'ai prévu de l'eau fraîche et des jus, mais je ne sais pas si ça sera suffisant."
La prudence est aussi de mise pour les plus âgés. "On m'a conseillé de boire", même sans soif, explique à l'AFP, dans un Ehpad public de Rennes, une pensionnaire de 94 ans qui ne lâche pas sa gourde. "Je vais dans les endroits réfrigérés, les couloirs", poursuit-elle dans ce bâtiment en cours de rénovation.
Pour la vieille dame, "on est ambivalent par rapport à la canicule": "on fait la partie +se protéger+ mais on ne prévoit pas l'avenir".
- "Impréparation" -
Autorités et collectivités prennent des mesures exceptionnelles. Dans la Manche, la préfecture a annulé des activités scolaires de plein air. En Loire-Atlantique, des hébergements sont ouverts aux sans-abri à Nantes et à Saint-Nazaire.
Dans l'agglomération de Strasbourg, la fréquence de lignes de bus et tramway est réduite "temporairement", la canicule ayant "un impact direct sur le bon fonctionnement des équipements". À Mont-de-Marsan (Landes), des écoles seront fermées jeudi et vendredi après-midi.
"On n'est pas dans l'urgence", a jugé mardi soir la ministre de la Santé, Nathalie Rist. La secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, s'est dite pour sa part "effarée par le degré d'impréparation du gouvernement", alors que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, présidera jeudi une réunion interministérielle sur le sujet.
Les températures se sont envolées depuis une semaine en raison de la présence sur la France et toute l'Europe de l'ouest d'un "dôme de chaleur", zone de haute pression qui bloque l'air chaud en provenance d'Afrique du Nord.
Du fait du changement climatique, essentiellement causé par l'accumulation dans l'atmosphère du CO2 généré par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, les experts rappellent que ces vagues de chaleur sont appelées à devenir de plus en plus fréquentes, intenses et précoces.
La France anticipe un réchauffement moyen de 2,7°C en 2050 et de 4°C en 2100, par rapport aux températures moyennes qui prévalaient avant la révolution industrielle.
bur-mer-laf-dsa-vaf-ads/ppy/sp
P.Hernandez--AT