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Le phénomène "Super El Niño" ravive les craintes pour une Asie déjà éprouvée par la guerre en Iran
Déjà ébranlée par les effets de la guerre au Moyen-Orient, l’Asie est désormais confrontée à la perspective des forts aléas météorologiques d'El Niño qui pourraient faire bondir la demande d’énergie, affaiblir la production hydroélectrique et dévaster les récoltes.
Ce phénomène climatique naturel entraîne des modifications mondiales des vents et des précipitations.
LesNations uniesont rapporté que les conditions propices à son développement pourraient apparaître dès la période de mai à juillet.
L’Organisation météorologique mondiale estime que l'épisode pourrait être particulièrement intense, certains qualifiant l’événement de "super El Niño".
Le continent asiatique, déjà vulnérable aux canicules, pourrait être durement frappé. El Niño déplace les précipitations traditionnelles, augmentant les risques de sécheresse et d'incendies.
"L'anomalie sous-marine que nous observons jusqu'à présent est assez marquée", explique Peter van Rensch, climatologue à l'université Monash en Australie.
"Elle ressemble un peu à ce que nous avions observé lors de l'épisode de 1997-1998, qui était probablement le phénomène El Niño le plus intense", a-t-il déclaré à l'AFP.
Les perspectives sont encore incertaines et M. van Rensch fait remarquer qu'il était possible qu'El Niño ne se développe pas du tout.
- Impact catastrophique -
En 1997, El Niño avait provoqué des feux dévastateurs en Indonésie. Aujourd'hui, les autorités craignent les précipitations les plus faibles depuis 30 ans.
Ces alertes surviennent alors que l'Asie craint des pénuries de carburant et de fertilisants transitant par le détroit d'Ormuz.
L'Iran a fermé cette voie navigable stratégique depuis que les Etats-Unis et Israël ont lancé des attaques contre le pays le 28 février, perturbant ainsi l'approvisionnement mondial en carburant.
La hausse des températures mettra à rude épreuve des réseaux électriques déjà fragiles, prévient Haneea Isaad, spécialiste du financement de l'énergie à l'IEEFA (Institute for Energy Economics and Financial Analysis).
"Pour les pays fortement dépendants du détroit d'Ormuz pour leurs livraisons de pétrole et de gaz, la tension sur l'offre entraînera un rationnement accru du carburant, une gestion de la demande et une réduction des activités économiques (...) ce qui affectera la croissance globale du PIB", a-t-elle déclaré à l'AFP.
Les sécheresses qu'El Niño peut provoquer dans certaines parties de la région représentent également une menace pour les pays très dépendants de l'hydroélectricité, a souligné Dinita Setyawati, analyste au sein du groupe de réflexion Ember.
"La plupart des pays de l'ASEAN recourent largement à l'hydroélectricité", a-t-elle averti, soulignant que les pays du Mékong, le Népal et certaines régions de Malaisie étaient particulièrement vulnérables.
Ces risques ont été mis en évidence en 2022, lorsqu'une vague de chaleur en Chine a entraîné une chute de plus de 50% de la production hydroélectrique dans le Sichuan, provoquant des pénuries d'électricité qui ont touché aussi bien les ménages que l'industrie.
- Risques agricoles -
Un climat plus chaud et plus sec va également créer des risques nouveaux pour l'agriculture, déjà sous pressions face à la montée des coûts des fertiliseurs et de l'énergie nécessaires aux équipements fermiers.
"Si les prix des récoltes n'augmentent pas suffisamment pour compenser la hausse des coûts des intrants et du transport, les marges des producteurs s'amenuiseront, ce qui augmentera le risque d'une réduction des apports d'engrais et d'une baisse des rendements", a averti BMI, une filiale de la société d'études Fitch Solutions.
"Cela aggraverait l'inflation des prix alimentaires et accentuerait l'insécurité alimentaire, en particulier sur les marchés dépendants des importations et vulnérables aux aléas climatiques."
Dans certaines régions d'Asie, El Niño pourrait provoquer d'intenses précipitations et des inondations, ce qui pourrait impacter des secteurs comme celui des récoltes de riz dans le sud de la Chine, selon Mme Isaad.
L'impact du changement climatique sur le phénomène El Niño est encore peu connu.
Cependant, la recherche montre que le dérèglement climatique entraînera lui-même des vagues de chaleur plus fréquentes et intenses, ainsi que des précipitations soudaines et diluviennes provoquant des inondations.
Face à ces menaces, les experts préconisent aux pays de la région de renforcer la résilience de leurs systèmes énergétiques en diversifiant et en verdissant leurs réseaux.
"Le solaire et l'éolien, couplés à des batteries, offrent une infrastructure plus résiliente qu'une infrastructure fossile centralisée", a déclaré Mme Setyawati.
Y.Baker--AT