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La bataille climatique contre le méthane pourrait contribuer à atténuer la crise énergétique
Des responsables gouvernementaux du monde entier, dont la France, ont réclamé lundi une action plus rapide du secteur des énergies fossiles pour réduire les émissions de méthane, soulignant qu'elle permettrait à la fois de freiner le changement climatique et de fournir d'énormes quantités de gaz pour atténuer la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient.
Dans le cadre de la présidence tournante du G7, la France réunit lundi à Paris des responsables gouvernementaux, dirigeants d’entreprise et experts pour relancer la dynamique avant le sommet climatique de l'Onu, la COP31, en novembre.
Deuxième contributeur du changement climatique après le CO2, le méthane a un pouvoir de réchauffement environ 80 fois supérieur sur vingt ans. Mais sa durée de vie plus courte fait de sa réduction une source de “bénéfices climatiques significatifs à court terme”, souligne lundi l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son rapport annuel Global Methane Tracker.
Inodore et invisible, le méthane est la molécule du gaz naturel qui s’échappe notamment des infrastructures pétrogazières, de l'agriculture et des décharges.
"J’espère sincèrement que les discussions que nous aurons aujourd’hui nous permettront d’unir nos forces pour accélérer la mise en œuvre de solutions efficaces visant à réduire les émissions de méthane", a déclaré la ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, dans son discours d'ouverture.
Près de 160 pays se sont engagés à les réduire de 30% à l'échelle mondiale d’ici 2030, mais le monde est encore "très loin" de l’objectif, selon la ministre. Environ 580 millions de tonnes sont émises chaque année, dont 60% imputables à l’activité humaine, l'agriculture en tête, suivie de l'énergie, qui concentre l'attention.
La production record de pétrole, charbon, gaz a représenté 35% du méthane d'origine humaine en 2025. Avec un total estimé à 124 millions de tonnes, ses émissions se sont maintenues à des "niveaux très élevés", souligne l’AIE, évoquant un "important fossé en termes de mise en œuvre".
Dans l'industrie pétrogazière, le méthane s’échappe par des fuites au niveau de vannes ou de gazoducs, ou lors d’opérations volontaires de dégazage ou de torchage inefficace (combustion incomplète du gaz).
Mais "s’attaquer à ces problèmes est à notre portée", assure Mme Barbut.
Des solutions éprouvées, comme la détection et la réparation des fuites ou limiter le torchage de routine, permettraient d'éviter 30% des émissions provenant des activités liées aux combustibles fossiles, "à coût nul", le gaz capturé pouvant être revendu, selon l'AIE.
Or, en pleine crise énergétique, "s'attaquer au méthane pourrait également" contribuer "à renforcer la sécurité des marchés gaziers", souligne l'agence.
Il y aurait "plus de gaz sur le marché si nous éliminions ce gaspillage", a déclaré le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jorgensen. "La réduction du méthane et la sécurité énergétique ne sont pas des priorités concurrentes", a-t-il dit.
La guerre contre l'Iran lancée fin février par les Etats-Unis et Israël, a entraîné en réaction le blocage par Téhéran du détroit d'Ormuz, ce qui a provoqué une chute brutale de l'approvisionnement et une flambée des prix.
Selon l’AIE, 20%, soit environ 110 milliards de mètres cubes du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial sont passés par ce corridor stratégique en 2025.
Or, souligne-t-elle, c'est près du double, soit 200 milliards de m3 de gaz aujourd'hui qui pourrait être récupérés annuellement grâce à un effort mondial de réduction des émissions de méthane provenant des opérations pétrogazières et à l’élimination du torchage non lié à des situations d’urgence. Selon l'AIE, 15 milliards de m3 pourraient être libérables rapidement.
"Réduire les émissions de méthane demeure l’une des meilleures choses que nous puissions faire pour ralentir le réchauffement climatique tout en assainissant notre air, en améliorant la santé publique et en renforçant notre sécurité énergétique", a déclaré le ministre britannique de l’Énergie, Ed Miliband, dans un message vidéo.
L’agriculture est également une importante source de méthane émis par les vaches et les moutons, tandis que la riziculture crée aussi des conditions idéales pour les bactéries productrices de méthane. Les décharges à ciel ouvert en produisent également de grandes quantités. "Nous devons cependant être clairs: le secteur de l’énergie offre aujourd’hui les réductions les plus rapides et souvent les plus rentables", selon Mme Barbut.
M.White--AT