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Teresa Ribera, forte tête isolée à la Commission européenne
Adepte de sorties médiatiques qui détonnent dans l'ambiance feutrée de Bruxelles, la commissaire européenne Teresa Ribera s'efforce de défendre le climat dans une Europe de plus en plus à droite et s'aventure sur le terrain diplomatique, quitte à s'isoler.
La socialiste espagnole, vice-présidente de la Commission, est devenue le poil à gratter d'une équipe globalement à la main d'Ursula von der Leyen.
Mardi, Teresa Ribera a pris ses distances avec la cheffe de l'exécutif européen sur la doctrine internationale de l'UE.
Face à Poutine, Trump ou la guerre au Moyen-Orient, von der Leyen a récemment réclamé une Europe plus pragmatique et moins "gardienne" d'un "ancien ordre mondial".
"Ce n'était peut-être pas la manière la plus adéquate de parler", a répliqué Teresa Ribera devant la presse, assurant toutefois que sa cheffe reste "pleinement engagée, bien sûr, en faveur de l'ordre international".
Plus largement, la vice-présidente de la Commission, ces derniers mois, opté pour un ton plus libre, plus offensif.
Car elle a d'abord peiné à émerger à sa nomination fin 2024, malgré son portefeuille tentaculaire sur la concurrence et la transition écologique.
"Il y a eu des moments difficiles", reconnaissait-elle récemment dans une interview à l'AFP, en déplorant le report à fin 2026 de l'entrée en vigueur d'une loi contre la déforestation.
Mais l'Espagnole de 56 ans met en avant ses succès ces derniers mois, en particulier l'adoption de l'objectif climatique de l'Union européenne en 2040 - une réduction de 90% des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, moyennant quelques concessions.
"Je suis contente qu'on y soit arrivé", après "une discussion compliquée", savoure-t-elle dans son bureau, au 12ème étage du Berlaymont, le siège de la Commission européenne à Bruxelles.
En interne, chaque bataille est âpre, dans une équipe où Ursula von der Leyen est réputée pour sa gestion très centralisée.
Ribera a par exemple mis la pression pour limiter l'ampleur d'une loi d'assouplissement des règles environnementales européennes, en cours d'examen.
De concert avec les ONG, elle a aussi fait du lobbying afin d'éviter qu'une ribambelle de pesticides bénéficie d'autorisations illimitées.
La socialiste se méfie de la politique de "simplification" tous azimuts lancée par l'Union européenne afin de soutenir ses entreprises face à la concurrence chinoise et aux taxes douanières des Etats-Unis.
"Certains" pourraient avoir la "tentation de déréguler" l'UE et de "revenir au passé", met en garde celle qui tente tant bien que mal de protéger le Pacte vert (Green Deal), une série de mesures environnementales du précédent mandat, dénoncées par la frange la plus à droite du Parlement européen.
- Claqué la porte du réseau X -
"Sa stratégie, c'est presque d'agir de l'extérieur, de relayer la parole des ONG sur le Green Deal. Mais ça ne la fait pas obtenir des choses. Elle a des lignes rouges sur tous les sujets, donc à un moment donné, elle n'est plus écoutée", estime un haut fonctionnaire européen, anonymement.
La vice-présidente doit aussi jongler avec l'étendue de ses attributions. "On lui a donné un portefeuille délibérément grand pour l'affaiblir", considère une source au sein de la Commission.
En pratique, les sujets de concurrence, une compétence clé de l'Union européenne, prennent beaucoup de temps.
Et la gestion des dossiers environnementaux est déléguée aux commissaires Wopke Hoekstra (climat) et Jessika Roswall (environnement), issus du centre droit comme Ursula von der Leyen.
Par son passé de ministre et dans la diplomatie climatique, Ribera "est utile avec beaucoup de contacts, notamment aux Nations Unies", nuance une autre fonctionnaire.
Ce qu'elle fait avec ses sorties médiatiques, "c'est honorable, elle se bat pour ce en quoi elle croit", ajoute-t-elle.
Combative, Teresa Ribera raconte s'être endurcie au gré des tourments de la politique nationale espagnole ou des négociations climatiques à suspense.
Sur l'international, l'ancienne ministre de Pedro Sanchez a comme le gouvernement espagnol dénoncé ce qu'elle considère comme un "génocide" à Gaza, un terme que l'UE n'a jamais employé.
Au sujet des Etats-Unis, dans une interview à l'AFP, elle s'en est prise aux images "terrifiantes" de Minneapolis et à la "violence aveugle" des policiers américains en charge de l'immigration, quand la Commission, très prudente, ne voulait pas s'étendre sur une affaire "interne" aux Etats-Unis.
"Chacun a sa manière de s'exprimer", relativise Teresa Ribera qui a depuis longtemps claqué la porte du réseau X - celui d'Elon Musk, pour lui préférer Bluesky pour ses publications.
F.Wilson--AT