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Inondations en Italie: le désarroi des sinistrés en quête d'un peu de confort
Autour de son lit de fortune, Ludmilla veille à ce que tout soit rangé. La sexagénaire fait partie des dizaines de sinistrés accueillis dans le gymnase de Castel Bolognese, ville sinistrée par les inondations dans la région italienne d'Emilie-Romagne.
"J'espère pouvoir rentrer chez moi dans un mois mais je ne sais pas". Entre le désespoir d'avoir dû quitter sa maison et la colère de ne pas avoir été suffisamment avertie par les autorités locales, cette femme d'origine ukrainienne préfère ne donner que son prénom.
Arrivée mercredi dans cette grande salle reconvertie en dortoir avec son mari âgé de 97 ans, Ludmilla se retrouve aujourd'hui seule: "on l'a emmené à l'hôpital, car on ne peut pas garder une personne de son âge ici", explique-t-elle à l'AFP, installée sur son lit.
Depuis, elle tente tant bien que mal d'occuper ses journées, aménageant son petit espace personnel dans l'attente de pouvoir regagner sa maison et alors constater l'étendue des dégâts provoqués par les inondations dévastatrices des derniers jours, qui ont fait 14 morts dans cette région du nord de l'Italie.
"Nous étions bloqués là, sans eau, sans nourriture. J'ai appelé les pompiers, la police, ils l'ont amené (son mari, ndlr) ici" avant de l'évacuer vers l'hôpital, explique, reconnaissante, cette mère de famille arrivée en Italie il y a 16 ans et dont la fille vit en Ukraine, "sous les bombes".
- "L'eau arrive!" -
Pull mauve sur le dos, jogging et baskets -car "c'est quand même plus confortable"-, la sexagénaire s'apprête à passer sa troisième nuit dans ce dortoir de fortune où s’alignent deux rangées d'une trentaine de matelas.
A quelques lits de là, Alfonso Brocchi et Iolanda Soglia discutent. Ces deux septuagénaires ont eux aussi été surpris par la montée des eaux survenue en pleine nuit.
"À 3 heures du matin, le voisin du dessus m'a appelé et m'a dit +Alfonso, monte, l'eau arrive+", se remémore, assis sur son lit, le retraité de 76 ans, venu en aide à sa voisine Iolanda, atteinte de dystrophie musculaire.
"Elle est handicapée, je suis donc allée la voir et je l'ai mise sur deux chaises" pour lui éviter d'avoir les pieds dans l'eau, avant que les pompiers ne viennent les chercher trois heures plus tard.
Autour d'eux dans le gymnase, s'installeront dans quelques heures d'autres sinistrés mais aussi, sur des lits de camps installés un peu plus loin, des pompiers qui profiteront d'une courte nuit de sommeil avant de reprendre du service dès l'aube.
"Ici, c'est aussi un camp de base pour les volontaires, pour la protection civile, pour les forces armées, qui peuvent se reposer", explique Stefania Corfiati, une assistance sociale volontaire fraîchement arrivée de Bologne, à une cinquantaine de kilomètres des lieux.
En cette journée pluvieuse, l'entrée du gymnase où sont entreposés bouteilles d'eau, sandwichs et pâtisseries ne désemplit pas. Les volontaires et autres pompiers se côtoient, se restaurent, discutent dans un flot quasi-incessant.
Dans le dortoir, le brouhaha des sauveteurs et des bénévoles raisonnera jusqu'à tard dans la soirée, berçant le sommeil de la dizaine de sinistrés encore présents dans l'enceinte.
- "Comme à la maison" -
Lundi soir, cette commune de 10.000 habitants a procédé à l'évacuation préventive de quelque 200 personnes avant que les inondations ne viennent frapper la ville le lendemain.
Pour atteindre le gymnase, c'est une ville désormais couverte de boue qu'il faut d'abord traverser. Les eaux boueuses ont tout balayé, semant la désolation.
"Après cette catastrophe, c'est important que chacun se sente ici comme chez soi", défend Paolo Barilli, qui chapeaute une soixantaine de volontaires dans la ville.
Ici, "tout le monde est le bienvenu, même les animaux!", raconte cette quinquagénaire pleine d'énergie. Elle en veut pour preuve l'accueil d'une famille venue avec... neuf chats.
A l'entrée des lieux, s'entassent le long du mur essuie-tout, couvertures et sacs de vêtements apportés par des habitants des environs.
A mesure que la journée avance, les rangées de cartons s'allongent doucement vers le milieu de la salle - avec dans chacun l'espoir de continuer à mener une vie "aussi normale que possible".
M.White--AT