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Marée humaine à Belgrade, plus de 100.000 personnes manifestent contre la corruption
Plus de 100.000 personnes ont défilé dans les rues de Belgrade samedi, une manifestation historique après des mois de contestation contre la corruption, menée par les étudiants serbes qui ont appelé dans la soirée à éviter la zone du Parlement après ce qu'ils présentent comme des provocations des partisans du gouvernement.
"Des bouteilles et des pierres ont été lancées" depuis le parc où se trouvent les partisans du gouvernement, écrivent-ils sur les réseaux sociaux, "nous demandons à tout le monde de quitter la zone du Parlement et de se mettre en sécurité".
Depuis plusieurs jours, des soutiens du gouvernement campent dans cette zone, et des tensions ont eu lieu au cours de la journée entre manifestants et partisans des autorités.
Rassemblée depuis midi dans les rues de la capitale, une véritable marée humaine a manifesté dans le calme, le plus grand rassemblement depuis le début de ce mouvement qui secoue le pays comme jamais depuis les années 1990.
Au moins 107.000 personnes se sont rassemblées dans la capitale depuis le début de la journée, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur.
Le mouvement est né de l'accident de la gare de Novi Sad le 1er novembre, qui a fait 15 morts lorsque s'est écroulé l'auvent en béton du bâtiment tout juste rénové.
La colère a explosé, une partie des Serbes voyant dans cet accident le reflet d'une corruption qui, selon eux, entache les institutions et les travaux publics. De semaine en semaine, le mouvement est devenu l'un des plus importants de l'histoire récente de la Serbie, avec des manifestations quotidiennes demandant des comptes aux responsables de l'accident, la libération des manifestants arrêtés mais aussi un système moins corrompu.
"Nous nous sommes organisés à partir de rien et avons accompli beaucoup de choses" a lancé depuis une scène sur la principale place de la ville une étudiante. "Nous avons uni le pays, les générations, éveillé la solidarité et l'empathie, et montré que le changement est possible lorsque nous nous battons ensemble."
Autour d'elle, une foule dense arborait des drapeaux et insignes allant de la droite nationaliste à l'extrême gauche en passant par les écologistes.
"Pumpaj ! Pumpaj !" (Pompe ! Pompe !) chantaient-ils, le slogan du mouvement, destiné à montrer que leur énergie ne faiblira pas. Beaucoup portaient un pin's avec une main ensanglantée - le symbole du mouvement qui a adopté comme mot d'ordre "la corruption tue".
- Tensions -
Les rassemblements se sont tendus depuis que le gouvernement a accusé les protestataires d'être payés par des agences étrangères, de préparer des actions violentes, voire une révolution.
Les vitres des bâtiments officiels sont protégées depuis samedi matin, et des policiers antiémeutes stationnés devant le parlement, la présidence, et la mairie.
Le ministère de l'Intérieur a lancé en fin d'après-midi un "appel à tous les participants à préserver la paix (...) dans un esprit de responsabilité citoyenne et en respectant les lois".
Pour sécuriser la manifestation, des groupes de motards, de vétérans et le service d'ordre des étudiants, qui assure depuis le début la sécurité du mouvement, ont formé un filet de sécurité autour du cortège, en particulier au niveau du parlement et de la présidence.
Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, les étudiants avaient dès vendredi appelé à manifester "dans le calme et de façon responsable". "L'objectif de ce mouvement n'est pas l'intrusion dans des institutions, ni d'attaquer ceux qui ne pensent pas comme nous (…). Ce mouvement ne doit pas être utilisé à mauvais escient", ont-ils écrit. Le rassemblement doit se disperser à 20H00 GMT.
- Interférence -
Les tensions précédant la manifestation situation ont fait réagir l'ONU, qui a appelé les autorités serbes à ne pas "interférer indûment" dans la manifestation et à "respecter l'exercice complet des droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d'expression".
"Nous sommes un pays extrêmement démocratique", a répondu dans la soirée de vendredi, lors d'une allocution, le président serbe Aleksandar Vucic, affirmant: "Nous ferons tout ce que nous pouvons pour sécuriser le rassemblement". Et d'ajouter aussitôt: "Pour être clair, je suis le président de ce pays, et je ne laisserai pas la rue dicter les règles".
Il doit s'exprimer à nouveau samedi à 21h00 GMT (22H00 locales).
Ch.Campbell--AT