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Aux Etats-Unis, interdire le smartphone dans les écoles ne convainc pas tout le monde
Derrière les murs typiques en briques rouges d'un collège de Virginie, Hayden Jones est interdit d'utiliser son téléphone, initiative qui s'inscrit dans un mouvement mondial qui va du Brésil à la France. Sceptique, l'adolescent de 12 ans résume son verdict par un haussement d'épaules.
Depuis la mise en place en septembre de ce projet pilote à la Mark Twain Middle School d'Alexandria, ville de l'est des Etats-Unis, Hayden Jones doit placer chaque matin son téléphone dans une pochette magnétique verrouillée jusqu'à la fin de la journée.
"Il y a plein de gens qui n'utilisent pas les pochettes. Dans mon cours de maths, il m'arrive de regarder et de voir quelqu'un utiliser un téléphone", raconte l'adolescent blond dans un couloir du collège.
Selon lui, certains camarades trompent leur monde en plaçant un "faux téléphone" dans la pochette.
"Franchement, ça ne change pas grand-chose, les pochettes ajoutent juste une grande responsabilité", estime-t-il, tout en concédant que, avec ce système, "vous ne serez pas distrait par votre téléphone".
- "Approfondir la conversation" -
L'interdiction du téléphone à la Mark Twain Middle School s'inscrit dans une vague de mesures similaires mises en œuvre aux Etats-Unis et plus largement à travers le monde.
Les partisans de ces interdictions estiment qu'elles permettent une meilleure concentration et sociabilisation des élèves. Mais d'autres craignent qu'elles ne les éloignent d'un monde numérique auquel ils doivent inévitablement se préparer.
Le directeur du collège d'Alexandria lui-même reconnaît qu'appliquer la mesure et convaincre les élèves s'est avéré difficile.
"La majorité des enfants qui ont un téléphone n'aiment pas" cette mesure, même si la plupart d'entre eux respectent l'interdiction, explique Matthew Mough. "Mais quand vous approfondissez la conversation avec eux, ils reconnaissent que cela les a aidés à rester concentrés."
Selon le directeur, l'interdiction des téléphones a permis de réduire les distractions en classe, le cyberharcèlement et même les cas d'élèves qui se réunissent pour sécher les cours.
Des recherches suggèrent que l'utilisation excessive des réseaux sociaux augmente la probabilité de maladies mentales telles que l'anxiété et la dépression chez les jeunes.
Les associations citent régulièrement ces études pour justifier les interdictions de smartphones, mesure faisant l'objet d'un rare consensus politique dans un pays profondément divisé.
De la Californie libérale à la Floride conservatrice, environ 76% des écoles publiques ont interdit d'une manière ou d'une autre l'utilisation des téléphones, selon les derniers chiffres officiels publiés en 2024.
- "Faire l'autruche" -
Ces restrictions sont largement soutenues par les enseignants, l'Association nationale de l'éducation affirmant que 90% de ses membres soutiennent les politiques d'interdiction des téléphones pendant les cours.
"Le plus gros problème est que les enfants ne sont pas à un stade de développement leur permettant de gérer le type de technologie dont nous parlons", observe Sabine Polak, cofondatrice du Phone-Free Schools Movement (Mouvement des écoles sans téléphone).
Mais d'autres, comme Keri Rodrigues, présidente d'une importante association de parents, estiment que "la réponse n'est pas d'interdire et de faire l'autruche".
Selon elle, les efforts visant à interdire les téléphones rappelle l'"éducation à l'abstinence": ne pas enseigner correctement aux enfants des questions complexes, ici le sexe, a échoué dans le passé.
"Ce n'est pas efficace, et franchement, c'est bête", s'agace Keri Rodrigues. "Ce que nous devons faire, c'est donner à nos enfants des informations, des compétences et des stratégies dont ils auront besoin pour naviguer dans un avenir numérique".
Au collège d'Alexandria, l'adolescent Hayden Jones confie que l'interdiction n'a pas changé la relation à son téléphone, l'utilisant toujours pour les jeux, les réseaux sociaux et les vidéos sur YouTube.
Son seul problème: "Il pèse une tonne dans ma poche!"
P.Smith--AT