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La rentrée pour 12 millions d'élèves, avec des questions en suspens
Une trousse et des cahiers neufs, la "boule au ventre" et des questions en suspens sur les réformes en cours dans l'attente d'un nouveau gouvernement: quelque 12 millions d'écoliers, collégiens et lycéens font leur rentrée lundi.
"Cette année, c'est l'épreuve de Parcoursup pour ma fille qui entre en Terminale et donc pour elle, et pour toute la famille, c'est l'angoisse", raconte Julie, une mère d'élève francilienne.
Pour sa première et potentiellement dernière rentrée comme ministre de l'Education, la démissionnaire Nicole Belloubet respectera la tradition en se déplaçant dans des écoles: le matin à Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine) et l'après-midi à Orléans. Car, a-t-elle insisté, les "affaires courantes ne sont ni un temps suspendu pour l'école, ni un temps mort".
Gabriel Attal est également attendu lundi matin dans une école à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) où le Premier ministre démissionnaire présentera une nouvelle campagne nationale contre le harcèlement à l'école, lancée sur les réseaux sociaux, à la télévision et sur les radios.
Si le gouvernement s'affiche sur le terrain, il y a pour les enseignants "beaucoup d'incertitudes" en raison du contexte politique incertain, explique Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale de la CFDT Education. "Il y a le risque qu'un certain nombre de problématiques structurelles ne soient pas du tout traitées", redoute-t-elle.
"C'est une rentrée qui n'est pas comme les autres, parce qu'il y a une crise politique, mais aussi parce que l'école est à un point de bascule" vers "une école du tri social avec le choc des savoirs, les groupes de niveau", estime de son côté Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat enseignant des collèges et lycées.
- "Cacophonie" sur les groupes -
Les collèges sont particulièrement dans la ligne de mire, avec l'instauration des "groupes de niveau", rebaptisés "groupes de besoins", en français et des mathématiques en 6e et en 5e, mesure phare et contestée du "choc des savoirs" de Gabriel Attal lorsqu'il était ministre de l'Education.
Ces groupes, censés concerner aussi les 4e et 3e l'an prochain, seront appliqués "avec souplesse et pragmatisme", a nuancé Nicole Belloubet ces derniers mois.
"Il va falloir effectivement beaucoup de souplesse aux enseignants, aux équipes de direction, pour mettre en place quelque chose qui, pédagogiquement, échouera", ironise Jérôme Fournier, secrétaire national du SE-Unsa, pointant une "cacophonie".
Autre sujet brûlant, les postes d'enseignants non pourvus, l'une des "urgences structurelles" pour les syndicats.
"Il n'y aura pas un professeur devant chaque classe" et "certainement pas un professeur de français et de maths devant chaque groupe, quand ils existeront", prédit Sophie Vénétitay.
La crise perdure, avec plus de 3.000 postes non pourvus aux concours enseignants du public et du privé.
- "Pause numérique" -
Pour les 3e, le brevet est une autre interrogation. Gabriel Attal souhaitait rendre son obtention obligatoire pour passer en seconde. Mais ce projet est "gelé", selon Nicole Belloubet, pour qui "le prochain gouvernement décidera ce qu'il en est".
Mais la répartition entre contrôle continu et épreuves terminales pourrait elle être modifiée en cours d'année pour cet examen de fin de collège.
Pour certains élèves, cette rentrée sera aussi marquée par des expérimentations, comme celle de la classe de "prépa-seconde", pour ceux ayant échoué au brevet.
Ou celle de la "pause numérique", prévue dans quelque 180 collèges, en vue d'une éventuelle généralisation en janvier 2025. Si les collégiens ont déjà l'interdiction d'utiliser leur téléphone dans l'établissement depuis 2018, ils devront cette fois le laisser à la porte.
Cette mesure fait suite aux préconisations de la commission "écrans", voulue par Emmanuel Macron, mais suscite le scepticisme des syndicats.
"Qu'est-ce que c'est que cette idée qui existe déjà?", s'interroge Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du syndicat de chefs d'établissements SNPDEN Unsa. "C'est réglementé, donc on a moyen d'agir".
Dans un peu moins d'une centaine d'établissements, principalement des écoles, c'est la "tenue unique" qui va être testée - certains l'ont déjà adoptée avant l'été. Un sujet politiquement sensible comme l'illustre une polémique à Limoges sur le coût des vêtements achetés par la municipalité.
S.Jackson--AT