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Arras a rendu hommage à Dominique Bernard, prof "sensible", "discret" et aimé
Dominique Bernard "n'aimait pas la foule et les honneurs" mais cet enseignant poignardé à mort par un ancien élève devant son collège-lycée d'Arras lors d'un attentat jihadiste qui a placé la France en état d'alerte, a été enterré en grande pompe jeudi devant plusieurs centaines de personnes.
"Sensible et discret, il n'aimait pas le bruit et la fureur du monde. Il aimait profondément ses filles, sa mère et sa soeur. Nous nous aimions", a déclaré son épouse Isabelle, elle aussi enseignante, devant un millier de personnes présentes dans la cathédrale d'Arras. Parmi elles, le chef de l'Etat Emmanuel Macron, son épouse Brigitte et le ministre de l'Éducation Gabriel Attal.
"Il n'aimait pas la foule et les honneurs, les cérémonies, qu'il avait en horreur", a-t-elle ajouté, égrainant la liste des nombreux artistes qu'il appréciait, de Gracq à Baudelaire en passant par Kubrick et Le Titien.
"Nous sommes désemparés, mais ensemble. Nous sommes là, abasourdis, mais refusant de nous laisser écraser", a lancé l'évêque.
"Ta silhouette, je la vois dans la salle des profs, je vois ta chemise, toujours, le gobelet que tu tiens, ton sourire malicieux parce que tu as un truc marrant à dire", a poursuivi une collègue, Aurélie.
- "Belle personne" -
Tué à 57 ans, a été élevé au grade de chevalier de la Légion d'honneur par la présidence de la République, selon un décret paru jeudi au Journal officiel. Le chef de l'Etat s'est entretenu avec sa famille avant la cérémonie.
De nombreux bouquets de roses avaient été déposés sur le parvis de la cathédrale, où le cercueil a été accueilli par une trentaine d'enseignants et agents du collège-lycée Gambetta, théâtre du drame.
"M. Bernard était gentil, passionné, il aimait nous faire découvrir la littérature, il avait toujours des petites choses en plus à nous dire sur les auteurs qu'il nous présentait", témoigne, la voix tremblante, Maxime, un de ses anciens élèves, qui a suivi la cérémonie devant le grand écran, accompagné de sa mère.
Mattheo Tenti, 18 ans, qui l'a eu comme enseignant en terminale, décrit "un prof vraiment sociable, relax, toujours à l'écoute des élèves quand il y avait des problèmes. Une belle personne".
Le meurtre de Dominique Bernard le 13 octobre, survenu presque trois ans jour pour jour après l'assassinat du professeur d'histoire-géographie Samuel Paty en région parisienne par un jeune homme radicalisé, a suscité une onde de choc, en particulier chez les enseignants.
- Famille catholique pratiquante -
Une minute de silence a été respectée lundi dans tous les collèges et lycées de France en mémoire de Dominique Bernard et de Samuel Paty.
Dans un entretien mercredi à l'hebdomadaire chrétien La Vie, la mère et la soeur de l'enseignant, issu d'une famille catholique pratiquante, disent espérer qu'il "soit le dernier" professeur assassiné et que ce drame soit "un électrochoc" pour "que la France reste une terre d'accueil".
Le pays est passé en alerte "urgence attentat" dès le soir de l'attaque, menée par Mohammed Mogouchkov, 20 ans, un Russe radicalisé qui se revendique de l'organisation Etat islamique. Il a aussi blessé au couteau trois autres hommes, dont deux grièvement, aujourd'hui tirés d'affaire.
Il a été mis en examen pour assassinat en lien avec une entreprise terroriste et écroué mardi soir. Son frère de 16 ans l'est pour complicité et un cousin de 15 ans pour abstention volontaire d'empêcher un crime.
Fiché pour radicalisation, il était suivi par la DGSI "depuis la fin du mois de juillet", selon Gérald Darmanin, en raison des liens avec son frère, emprisonné pour sa participation à un projet d'attentat visant l'Elysée, et son père, lui aussi fiché S.
L'inquiétude s'est encore aggravée avec les meurtres lundi soir à Bruxelles en pleine rue de deux Suédois, un attentat revendiqué par un Tunisien ensuite abattu par la police.
B.Torres--AT