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Le Japon intervient sur le marché des changes pour soutenir le yen
Le ministère japonais des Finances a déclaré jeudi être intervenu sur le marché des changes pour soutenir le yen qui s'est effondré face au dollar depuis mars, sur fond du décalage croissant entre les politiques monétaires américaine et japonaise.
C'est la première fois depuis 1998 que le Japon intervient sur le marché des changes pour soutenir le yen. Tokyo était aussi intervenu en 2011 mais, cette fois, dans le but inverse: faire baisser sa monnaie par rapport au dollar, une action qui avait été concertée avec les autres pays du G7.
Tokyo a réagi alors que le dollar avait atteint plus tôt jeudi de nouveaux sommets en 24 ans par rapport à la devise nippone, après le nouveau relèvement des taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) suivi du maintien de la politique monétaire ultra-accommodante de la Banque du Japon (BoJ).
Le dollar, qui s'est apprécié de plus de 20% par rapport à la monnaie japonaise depuis le début de l'année, avait franchi jeudi la barre des 145 yens et se rapprochait des 146 yens lorsqu'il a brutalement dévissé à partir de 08H00 GMT après l'intervention japonaise.
Le billet vert se négociait pour 142,58 yens vers 10H40 GMT, après être brièvement descendu jusqu'à 140,70 yens.
"Bien que les taux de change soient en principe déterminés par le marché, des fluctuations excessives causées par des spéculations ne peuvent être tolérées", a déclaré jeudi soir le ministre des Finances Shunichi Suzuki devant des journalistes.
"C'est pourquoi nous sommes intervenus aujourd'hui (jeudi, NDLR) sur le marché des changes. Nous continuerons à surveiller les développements sur le marché (...) et nous agirons quand ce sera nécessaire contre des fluctuations excessives", a averti M. Suzuki.
Il n'a pas précisé l'ampleur de l'intervention et a refusé de confirmer si elle avait été coordonnée avec Washington ou d'autres capitales, se bornant à déclarer être en "contact constant avec les autorités monétaires concernées".
- "Bref répit"? -
L'intervention japonaise était "largement anticipée" par les acteurs du marché des changes, a déclaré jeudi à l'AFP Alvin Tan, responsable de la stratégie devises chez RBC Capital Markets en Asie.
Mercredi dernier, alors que le dollar s'était déjà rapproché des 145 yens, la Banque du Japon avait procédé à un "rate check", une opération consistant à sonder les opérateurs du marché des changes et considérée comme un signe précurseur d'une intervention sur ce marché.
Mais pour M. Tan, le Japon ne s'offre qu'un "bref répit" avec de telles interventions, car la divergence de politique "béante" entre la Fed et la BoJ et son corollaire, l'écart de rendements entre les bons du Trésor américain et les obligations publiques japonaises, "exercent une force puissante et fondamentale poussant le dollar face au yen".
"Nous continuons à voir le dollar grimper à 150 yens d'ici début 2023", a ajouté cet analyste.
Masato Kanda, le vice-ministre japonais des Finances chargé des affaires internationales, a assuré jeudi que le gouvernement ne s'était pas fixé un seuil de taux de change particulier à défendre. Son but est plutôt d'éviter une trop grande volatilité des cours, qui rend difficile pour les entreprises d'établir des prévisions.
La BoJ a annoncé plus tôt jeudi le maintien de sa politique de soutien massif à l'économie caractérisée par son taux négatif de 0,1% sur les dépôts des banques auprès d'elle (pour les inciter à prêter davantage) et ses achats illimités d'obligations publiques japonaises pour plafonner leurs rendements à dix ans à 0,25%.
L'institution monétaire japonaise estime ne pas avoir d'autre choix que de poursuivre cette politique ultra-accommodante, bien qu'en décalage complet avec les autres grandes banques centrales mondiales, Fed en tête.
Car pour la BoJ, les conditions ne sont pas encore réunies pour un resserrement monétaire au Japon, faute notamment de hausses de salaires suffisantes pour créer un cercle vertueux de croissance.
La reprise économique post-pandémie est restée poussive dans l'archipel nippon jusqu'à présent, et si l'inflation y accélère également, elle reste à des niveaux largement inférieurs à ceux observés aux Etats-Unis et en Europe (2,8% en août sur un an hors produits frais) et devrait s'atténuer dès l'an prochain, selon la BoJ.
La plupart des économistes ne s'attendent pas à ce que la BoJ change de cap de sitôt, quoi qu'il en coûte.
L.Adams--AT