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Japon: la banque centrale relève son taux au plus haut depuis 1995
La Banque du Japon (BoJ) a relevé mardi son taux directeur à 1%, au plus haut niveau depuis plus de trois décennies, en vue d'endiguer l'affaiblissement du yen et l'inflation nourrie par la guerre au Moyen-Orient.
Cette décision, conforme aux anticipations du marché, intervient à la suite de récents resserrements monétaires de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Banque d'Indonésie, et avant une réunion de la Réserve fédérale américaine (Fed) cette semaine.
Après avoir été hanté par la déflation, le Japon connaît depuis le printemps 2022 une hausse soutenue des prix à la consommation au-delà de 2%, ce qui a poussé la BoJ à resserrer progressivement depuis 2024 ses taux longtemps restés nuls ou négatifs.
Mais la spirale inflationniste s'est accentuée ces derniers mois, à mesure que flambaient les prix de l'énergie face à la paralysie des acheminements d'hydrocarbures du Golfe - dont le Japon importait avant la guerre 90% de son pétrole.
Certes, les Etats-Unis et l'Iran sont parvenus lundi à un accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, ce qui a fait plonger les cours du pétrole brut. Pour autant, la réouverture du détroit d'Ormuz devrait prendre du temps, tout comme le redémarrage de la production d'hydrocarbures.
"La répercussion de la hausse des prix du pétrole brut s'opère à un rythme relativement soutenu dans les transactions entre entreprises, ce qui pourrait entraîner une augmentation des prix à la consommation pour un large éventail de produits", avertit ainsi la banque centrale dans son communiqué mardi.
"Dans ce contexte, et compte tenu de la poursuite de la hausse des anticipations d'inflation à moyen et long terme, il existe un risque que l'inflation sous-jacente (mesurée par l'indice des prix à la consommation, IPC) ne dévie à la hausse pour dépasser l'objectif fixé à 2%", prévient-elle également.
Certes, le gouvernement de la Première ministre Sanae Takaichi s'est inquiété des risques économiques d'un durcissement monétaire prématuré.
- Inquiétudes sur le yen -
La BoJ a relativisé mardi: "Si les prix du pétrole brut ont exercé une pression sur l'activité, l'économie a globalement été soutenue par le niveau élevé des bénéfices des entreprises et l'amélioration de la situation de l'emploi et des revenus" tandis que les subventions sur l'énergie limitent le fardeau des coûts de l'énergie.
"La croissance devrait ralentir car la hausse des prix du pétrole brut devrait peser sur les bénéfices des entreprises et le revenu réel des ménages", mais la quatrième économie mondiale continuera de croître "bien qu'à un rythme ralenti", soutenue par les mesures de soutien gouvernementales et des conditions financières accommodantes, souligne l'institution.
Par ailleurs, les difficultés du Japon sont aggravées par la chute du yen, exacerbée par la hausse des prix du pétrole et l'écart entre les taux d'intérêt américains et japonais - une dépréciation qui renchérit le prix des produits importés.
La BoJ a récemment "souligné de plus en plus nettement l'impact significatif d'un yen faible sur l'inflation, les entreprises répercutant sur leurs tarifs la hausse des coûts d'importation", observait avant la décision Shigeto Nagai, analyste d'Oxford Economics.
- La Fed dans le radar -
"Dans un contexte marqué par des inquiétudes croissantes concernant l'inflation et par les anticipations d'un éventuel relèvement des taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) cette année, nous estimons que la BoJ ne peut se permettre de différer" un tour de vis, insiste-t-il.
La Fed se réunit cette semaine pour la première fois sous la présidence de Kevin Warsh, et si un statu quo est attendu, les marchés anticipent des hausses de taux dans l'année sur fond d'inflation américaine au plus haut depuis trois ans.
Toute hausse des taux de la Fed renforce en effet le dollar, ce qui accroît la pression sur le yen.
Le mois dernier, le gouvernement japonais a dépensé environ 11.700 milliards de yens (63 milliards d'euros) pour soutenir sa devise - mais avec un impact très éphémère, rapidement estompé par les anticipations d'un durcissement de la Fed.
La BoJ a par ailleurs annoncé mardi poursuivre la réduction progressive de son programme d'achat de dette nippone jusqu'en avril 2027, avant de stabiliser après cette date son volume mensuel d'achats, selon la presse locale.
Le vice-gouverneur Shinichi Uchida, interviendra sur le sujet devant la presse mardi après-midi, remplaçant le gouverneur Kazuo Ueda, actuellement hospitalisé.
R.Garcia--AT