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Drones, missiles: l'expertise ukrainienne s'impose au salon de défense Eurosatory
Comment contrer les drones à bas coût et s'équiper contre la menace russe en Europe? L'expérience des Ukrainiens sera très convoitée au salon mondial de défense Eurosatory, près de Paris, où les Israéliens ont également été autorisés à exposer des armes défensives.
Environ 80 sociétés ukrainiennes contre dix pour l'édition précédente en 2024 présenteront leurs drones, systèmes robotisés, mais aussi des missiles de frappe en profondeur, éprouvés dans la guerre contre la Russie, du lundi 15 au vendredi 19 juin à Villepinte, au nord de Paris.
"Les Ukrainiens sont tellement en avance qu'on ne peut que les copier", a déclaré lors d'un entretien à l'AFP Charles Beaudouin, commissaire du salon biennal, en rappelant que ce sont des "spécialistes ukrainiens et non américains" qui ont été invités dans les pays du Golfe, cibles de drones iraniens depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février.
- "Trous dans la raquette" -
Leur présence "extraordinaire" cette année s'explique par le changement d'état d'esprit des armées européennes face à leurs "failles capacitaires" et la menace russe qui se concrétise, explique le général Beaudouin, ancien haut responsable de l'Armée de terre française.
"La frappe dans la profondeur est certainement le trou dans la raquette le plus flagrant", estime Bernard Barrera, conseiller défense terre chez Thales interrogé par l'AFP.
En coopération avec ArianeGroup, Thales développe un missile de longue portée qui a récemment réalisé un tir de démonstration, tout comme le projet concurrent développé par le consortium Safran-MBDA.
La direction générale d'armement (DGA) du ministère français de la Défense n'a pas encore tranché et les deux projets d'alternative européenne au système Himars de l'américain Lockheed Martin, utilisé par l'Ukraine, seront présentés à Eurosatory.
L'Ukraine exposera un missile de croisière d'une portée de 3.000 km et un grand drone d'une portée de 1.600 km, de la société Fire Point, "qui ont fait beaucoup de mal à la Russie", précise le général Beaudoin.
"C'est tout ce que nous n'avons pas en Europe, et cela constituera un bon challenge", souligne-t-il.
- "Boucle courte" -
Pour Patrick Aufort, directeur de l'Agence de l'innovation de défense (AID), le principal problème des industries de défense européennes est le manque de réactivité sur les sujets de "boucle courte" comme les drones.
"J'entends très souvent dire qu'on est en retard. Je pense qu'il y a eu des étapes qui ont été ratées" en France, qui fonctionne sur un modèle d'armements ultraperformants afin d'assurer la dissuasion, dit-il à l'AFP.
"Mais aujourd'hui on est tout à fait capable de produire en France des drones que l'on peut voir en Ukraine", poursuit-il.
Des annonces de partenariats se multiplient en France entre startups et poids lourds ainsi qu'avec l'industrie automobile appelée à apporter son savoir-faire dans la production en masse et à bas coût. La montée en cadence industrielle reste à concrétiser.
Or "il y a une fébrilité des Etats, qui aujourd'hui vont chercher la matière +sur étagère+", soit prête à l'emploi, contrairement aux salons précédents axés sur "les prospectives futuristes", explique Charles Beaudouin.
- "Besoin" de technologies israéliennes -
Alors qu'en 2024 la France avait initialement décrété une interdiction "totale" de la participation israélienne, en raison de la guerre à Gaza, cette année les entreprises privées israéliennes sont autorisées à exposer "des capacités ou des briques de capacités relatives à la défense sol-air, antimissile et antibalistique", souligne le général.
Avec leur très performant système de défense antimissile "Iron Dome" qui inspire jusqu'aux Etats-Unis, les Israéliens pourront donc promouvoir des capacités "dont on n'a jamais eu autant besoin".
Une trentaine d'exposants privés ont été prévenus des restrictions et seront au final "forcément" moins nombreux.
"Si les stands sont ambigus, ils ne seront jamais au salon", prévient le général Beaudouin, laissant entrevoir de possibles rebondissements autour de la participation israélienne, source de tensions récurrentes lors des salons de défense organisés en France ces dernières années.
S.Jackson--AT