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Guerre au Moyen-Orient: la BCE relève ses taux pour contrer le regain d'inflation
La Banque centrale européenne a relevé ses taux jeudi, première parmi ses grandes homologues dans le monde à répondre au regain d'inflation lié au conflit au Moyen-Orient, au risque de pénaliser une économie en zone euro déjà essoufflée.
Le taux de dépôt, qui fait référence, a été augmenté d'un quart de point, à 2,25%, après être resté inchangé depuis juillet 2025, comme s'y attendaient la plupart des économistes. Il s'agit également de la première hausse depuis 2023.
"Grâce à la décision prise (jeudi), le Conseil des gouverneurs reste en bonne position pour faire face à l'incertitude engendrée par la guerre", selon le communiqué de décisions du jour.
L'attention se portera sur l'évaluation de la trajectoire monétaire pour le reste de l'année que fera la présidente de la BCE, Christine Lagarde, devant la presse à partir de 12H45 GMT.
Le communiqué ne donne à cet égard pas d'indication claire : le Conseil des gouverneurs "surveillera de près la situation et suivra une approche s'appuyant sur les données pour définir, réunion par réunion, l'orientation appropriée de la politique monétaire".
Les gardiens de l'euro ont été amenés à réagir face à l'inflation repartie à la hausse pour atteindre 3,2% en mai dans la zone euro, nettement au-dessus de la cible de 2% fixée par la BCE.
En cause, la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, accompagnée de la fermeture du détroit d'Ormuz, axe clef pour le transport de pétrole, provoquant une flambée des prix de l'énergie.
La BCE a aussi appuyé sa décision sur la base de nouvelles projections économiques pour la zone euro, ajustées par rapport à celles de mars pour tenir compte d'un conflit au Moyen-Orient qui s'éternise.
Les prévisions d'inflation ont été relevées pour 2026 et 2027, respectivement à 3,0% et 2,3%, avant de voir l'agrégat redescendre à 2,0% en 2028.
L'économie de la zone euro devrait croître légèrement moins que prévu, de 0,8%, contre 0,9% prévu précédemment, en mars. En 2027, la croissance devrait aussi être moins élevée que prévu, à 1,2% au lieu de 1,3%.
L'institution se devait de réagir afin d'"envoyer le signal aux marchés financiers, mais aussi aux entreprises et aux ménages, que l'institution surveille de près la dynamique de l'inflation", expliquait avant la réunion Dirk Schumacher, chef économiste à la banque publique KfW.
Soucieuse de ne pas répéter son erreur de 2022, à savoir une réaction jugée tardive face à la poussée d'inflation liée à la guerre russe en Ukraine, la BCE a cherché à éviter toute critique a posteriori de son timing, après avoir achevé son dernier cycle de hausses en septembre 2023.
En relevant ses taux, la BCE renchérit le crédit, ce qui freine la consommation et l'investissement. L'objectif est de ralentir la demande pour contenir la hausse des prix.
- Moment inopportun -
Or, cet empressement à agir contraste avec d'autres grandes banques centrales occidentales, également confrontées à un net regain d'inflation et qui semblent plus enclines à se donner du temps avant de resserrer la vis monétaire.
Nombre d'économistes ont jugé le moment mal choisi pour de nouveau durcir la politique monétaire en zone euro, dont le PIB a reculé de 0,2% au premier trimestre, pénalisé par une correction d'ampleur sur l'Irlande, tandis que les effets de la guerre vont peser sur le trimestre en cours.
Cette décision "risque d'amplifier la contraction de l'activité" tout en s'avérant "inefficace pour baisser l'inflation" qui repose sur une hausse des prix de l'énergie importée, estime Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of Management.
"Même si le blocage du détroit d'Ormuz devait être levé dans un avenir proche, une nouvelle hausse des taux directeurs au cours de l'année resterait appropriée. Mais cela devrait ensuite s'arrêter là", selon Ulrich Kater, économiste chez DekaBank.
M.King--AT