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Les lobbyistes au coeur du tournant pro-business de l'UE
Géants de la tech, des énergies fossiles ou de la chimie, les grandes entreprises augmentent leurs dépenses de lobbying ces derniers mois à Bruxelles, bien décidées à peser dans le virage pro-business qu'a pris l'Union européenne.
Dans la capitale européenne, plus de 17.000 organisations - entreprises, consultants, ONG... - cherchent à influencer les politiques de l'UE.
Et selon un rapport publié jeudi, les plus grandes entreprises dépensent environ 381,75 millions d'euros par an pour défendre leurs intérêts à Bruxelles, une hausse de 7,8% par rapport à 2025.
Réalisée à partir de données publiques par deux ONG, Corporate Europe Observatory et LobbyControl, cette étude passe en revue les secteurs qui investissent le plus pour essayer de peser dans les décisions européennes.
Les géants de la tech, comme Amazon, Apple ou Meta, arrivent en tête avec un total de 73 millions d'euros dépensés, devant le secteur bancaire (66,7 millions).
Suivent le secteur de l'énergie (52 millions) avec une augmentation notable du lobbying en faveur de l'hydrogène, puis l'industrie chimique et "l'agrobusiness" à hauteur de 46,5 millions d'euros.
Depuis le coup d'envoi du second mandat d'Ursula von der Leyen il y a bientôt deux ans, la période est particulièrement favorable pour les lobbyistes, assurent les deux ONG.
Car l'Union européenne a engagé un agenda de "simplification" tous azimuts de ses lois, afin de relancer son économie, fragilisée par les droits de douane des Etats-Unis et par la concurrence de la Chine.
Avec cette "vague de dérégulation", "les décideurs européens ouvrent grand leurs portes aux plus grands lobbies industriels", accuse Vicky Cann, l'une des responsables de Corporate Europe Observatory.
En novembre dernier, c'est la médiatrice de l'Union européenne, Teresa Anjinho, qui avait reproché à la Commission d'avoir travaillé trop vite et trop près des industriels pour réviser une loi sur le "devoir de vigilance environnementale" des grandes entreprises.
Lors des consultations pour préparer cette loi, "la plupart des parties prenantes invitées étaient des représentants de l'industrie", avait regretté la médiatrice.
La Commission européenne avait répliqué avoir largement consulté "entreprises, syndicats et ONG", avant de simplifier sa loi fin 2025.
"Ces échanges sont naturellement répartis selon les portefeuilles des commissaires" européens, disait alors le cabinet de Stéphane Séjourné, le commissaire en charge de l'industrie.
- Agendas publics -
Sur le volet numérique, une enquête du collectif de journalistes Investigate Europe avait affirmé en avril que l'Union européenne avait repris quasiment mot pour mot des arguments des géants de la tech pour éviter de dévoiler de façon détaillée l'empreinte environnementale de leurs centres de données en Europe.
Sur la défensive, la Commission européenne avait contesté tout copié-collé. Cette loi sur l'efficacité énergétique, actée en 2024 avant le second mandat d'Ursula von der Leyen, précisait "clairement que les informations qui seront rendues publiques n'incluent pas celles soumises" au secret des affaires des entreprises, selon l'exécutif.
Bruxelles souligne aussi régulièrement que la transparence constitue l'un de ses principes clés.
Et le lobbying, une activité légale, est encadré par une série de règles.
Depuis 2011, l'Union européenne a mis en place un registre de transparence, où les représentants d'intérêts recensent leurs activités visant à influer sur les politiques publiques.
Les commissaires européens, leurs cabinets, certains hauts fonctionnaires et des eurodéputés en charge de lois en cours d'examen doivent aussi publier leur agenda, pour y mentionner leurs rendez-vous avec les lobbies.
Les règles ont été renforcées à plusieurs reprises dans l'UE, notamment depuis le scandale du Qatargate fin 2022: une enquête de la justice belge sur d'ex-eurodéputés sociaux-démocrates soupçonnés d'avoir été corrompus par le Qatar et le Maroc.
Les deux pays, qui sont suspectés d'avoir fait des cadeaux ou des versements en liquide afin de lisser leur image en matière de droits humains, ont toujours fermement nié.
La transparence dans l'UE reste insuffisante aux yeux des ONG ou d'élus comme l'écologiste Daniel Freund.
Cet eurodéputé allemand attend toujours la première réunion d'un nouvel organe européen chargé de l'éthique, dont la création a été approuvée par le Parlement européen en avril 2024, mais qui tarde à démarrer ses travaux, en raison de désaccords entre les groupes politiques.
M.White--AT