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Projets d'Ivanka Trump et Jared Kushner en Albanie : que sait-on ?
Les manifestations se multiplient en Albanie contre un projet touristique dans un lieu protégé associé au nom du gendre de Donald Trump, Jared Kushner. Dévoilé il y a plus de deux ans, ce projet reste entouré de nombreuses zones d'ombre. Voilà ce que l'on sait — et ce que l'on ignore.
- Les origines
Jared Kushner et son épouse Ivanka Trump ont annoncé au printemps 2024 leur volonté de construire des hôtels de luxe en Albanie. Selon les informations disponibles et quelques publications sur Instagram, il s'agit d'un complexe hôtelier et de villas à Zvernec, dans la région côtière de Vjosa‑Narta, à environ 150 kilomètres au sud-ouest de Tirana, ainsi que d'un "resort" de luxe sur l'île de Sazan, une ancienne base militaire inhabitée et dépourvue d'infrastructures.
Fin 2024, afin d'accélérer le processus, le gouvernement albanais a accordé à Atlantic Incubation Partners LLC, une entreprise qui serait liée au fonds d'investissement Affinity de Jared Kushner, le statut d'investisseur stratégique, ce qui lui permet de bénéficier de procédures administratives accélérées et du soutien de plusieurs ministères.
"À ce jour, il n'existe aucun accord définitif sur Sazan" a affirmé jeudi à l'AFP le bureau du Premier ministre albanais Edi Rama, ajoutant que "Sazan étant une propriété publique, l'Etat albanais devait rester partie prenante et bénéficiaire direct de tout développement éventuel sur l'île".
En janvier 2026, Ivanka Trump, la fille du président américain, s'est rendue à Zvernec avec un groupe d'architectes et d'investisseurs et a dîné avec le Premier ministre.
- Qui investit combien ?
L'investissement sur l'île de Sazan serait égal à 1,4 milliard d'euros. Le chef du gouvernement albanais a récemment évoqué un projet de "quatre milliards d'euros" à Zvernec.
Mais la nature des investisseurs et la place de l'Etat albanais dans les montages financiers sont opaques.
Contacté par l'AFP, Affinity Partners, le fonds d'investissement de Jared Kushner, a renvoyé vers une agence de communication, P2 Public Affairs.
Cette dernière a en réponse envoyé un communiqué vantant "l'enthousiasme à l'idée de créer une destination de classe mondiale", attribuable à "Asher Abehsera, président, Sazan Real Estate Development LLC" - une entreprise présentée comme gérant le projet "avec de nombreux investisseurs".
Il n'était pas possible jeudi de trouver une trace légale de l'existence de cette entreprise.
Interrogées par l'AFP sur le projet de Zvernec, les autorités albanaises ont affirmé jeudi après-midi que les investisseurs étaient "les deux copropriétaires de la société Power International Holding W.L.L du Qatar, une holding qui possède différentes entreprises et dont le portefeuille touristique est l'un des plus prestigieux du monde".
- Pourquoi ça coince ?
Le projet est de plus en plus décrié, notamment par les associations écologistes - en janvier, plus de quarante d'entre elles en ont demandé la suspension au gouvernement albanais.
La zone côtière de Vjosa-Narta, où doit être érigé le complexe touristique, est protégée car elle abrite de nombreuses espèces animales et végétales dont des flamants roses, en passe de devenir le symbole des manifestations.
A ces inquiétudes se sont ajoutés des doutes sur l'origine des fonds utilisés pour acheter le terrain et sur la légalité des procédures.
Comme de nombreux terrains en Albanie, cette zone fait l'objet de multiples litiges liés aux droits de propriété. En 1945, à la mise en place de la dictature communiste d'Enver Hoxha, la propriété privée a été abolie. Dans les années 1990, à la chute du régime, entre crise économique et conflit armé, de nombreuses terres ont été occupées sans base légale et, depuis, la question des droits de propriété reste extrêmement sensible.
Des milliers de familles espèrent encore récupérer les biens de leurs ancêtres et, parmi elles, certaines soutiennent posséder une partie des terrains cédés pour ce projet.
- Enquêtes & manifestations
L'opposition au projet s'est accélérée ces derniers jours, après la diffusion de vidéos montrant les travaux préparatoires sur la côte et des bulldozers sur la plage. Des images largement partagées, notamment sur Instagram, et visionnées des dizaines de milliers de fois.
Fin mai, un premier rassemblement a été organisé à Zvernec pour protester contre l'installation de barbelés empêchant de rejoindre la plage. Des gardes de sécurité privés s'en sont pris aux manifestants, dont plusieurs ont été blessés.
Après l'incident, de nouvelles actions ont eu lieu à Tirana, où des milliers de personnes se sont rassemblées trois soirs de suite pour demander l'annulation du projet touristique et la reconnaissance des titres de propriété des anciens propriétaires.
Poussé par la rue, le parquet spécial anticorruption (SPAK) a ouvert une enquête, qui porte selon des médias locaux sur les changements dans le statut de la zone protégée de Vjosa‑Narta et sur la manière dont le cadre légal a été modifié pour permettre la signature de contrats sans appel d'offres, ainsi que sur l'origine des fonds.
Interrogé par l'AFP, le SPAK a confirmé l'existence d'une enquête mais refusé de donner des détails sur son contenu.
H.Gonzales--AT