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Au Danemark, huit adoptés de Corée poursuivent l'État pour adoptions illégales
Ils veulent que le Danemark reconnaisse sa responsabilité dans leurs adoptions frauduleuses: huit Danois adoptés de Corée ont porté plainte contre l'Etat danois pour violation de leurs droits et demandent réparation.
Gamine enjouée et volubile, Sofie Randel a trois ans quand elle arrive avec son petit frère au Danemark en 1977.
Elle s'exprime alors parfaitement en coréen et son père adoptif l'enregistre sur une cassette qui prend ensuite la poussière. En 2023, elle la confie à une journaliste qui va la suivre dans sa quête de ses origines.
De fil en aiguille, grâce à son babillage de petite fille retraçant son arrivée jusqu'au Danemark et des recherches sur place, elle découvre une version de son adoption bien différente de celle présentée sur les papiers officiels.
Persuadée d'avoir été abandonnée dans la rue, son frère emmailloté sur le dos avec leurs noms et âges épinglés sur les vêtements, elle apprend qu'ils ont en fait été confiés par leur mère à un orphelinat le temps pour la famille d'affronter des difficultés financières.
Les deux enfants seront adoptés ensemble. En Corée, leurs trois frères et soeur ont toujours espéré les revoir.
"Ils nous ont cherchés pendant 45 ans", dit Sofie, refoulant ses larmes.
- "Cacher ce qu'il se passe" -
"Pour que les agences d'adoption dévoilent de l'information, il faut que quelqu'un vous cherche mais comme nos documents disaient que nous étions orphelins, on ne pensait pas trouver quoi que ce soit, donc on n'a pas cherché", explique la quinquagénaire.
Une preuve supplémentaire, de la façon "dont ils essaient de cacher ce qu'il se passe", selon elle.
En octobre 2025, la Corée du Sud a reconnu sa responsabilité dans des dizaines de milliers d'adoptions abusives d'enfants sud-coréens à l'international.
Entre 1970 et 1989, 7.220 enfants coréens ont été adoptés au Danemark. Dans leur immense majorité, ils étaient persuadés d'être des enfants trouvés.
Des enquêtes ont prouvé que ce n'était pas le cas et un rapport de l'agence de surveillance des Affaires sociales a montré début 2024 que les agences d'adoption, exerçant sous le contrôle de l'Etat, savaient que leurs partenaires sud-coréens pouvaient changer l'identité des enfants.
Selon la presse, quelque 54 millions de couronnes (7,2 millions d'euros) ont été versés pour faciliter les adoptions.
"En tant que Danois, je croyais que le Danemark faisait partie des bons et la Corée comme ancienne dictature plutôt des méchants mais la Corée a eu le courage de regarder ce qu'elle a fait droit dans les yeux", estime Peter Møller, à la tête d'une association qui se bat pour les droits des Danois adoptés de Corée mais ne s'est pas associé à la plainte contre l'Etat danois.
"Le Danemark préfère tout dissimuler sous le tapis", regrette-t-il.
Sidse Koch Jørgensen, physiothérapeute de 53 ans, est opiniâtre.
"C'est un droit humain de connaitre son identité et d'avoir aussi la possibilité d'entrer en contact avec sa famille biologique", tempête-t-elle.
Les inexactitudes de ses papiers l'en ont longtemps privée mais elle approche désormais de la fin de sa quête débutée en 2013 lors d'un premier séjour en Corée.
"J'ai dû déposer un dossier de post-adoption, je n'avais aucune idée de quoi il s'agissait", se souvient-elle. "Un mois avant le départ, j'ai reçu un e-mail disant qu'ils avaient trouvé mon père, c'était comme un choc".
Elle le rencontre lors de son séjour et apprend les conditions de sa séparation de sa famille biologique, très différentes de ce que disaient ses papiers d'adoption.
A l'époque, sa mère avait quitté le foyer et son père, sa soeur et elle vivaient chez sa grand-mère.
- Négligence -
"Mon père m'a dit qu'il n'avait pas donné son accord puisqu'il se trouvait à l'étranger (...) sa mère a décidé que c'était le moment de prendre les enfants et de les mettre dans un camp pour que tout le monde continue sa vie", explique-t-elle.
Et d'ajouter, "sur les originaux, ma grand-mère n'a même pas signé, il y a juste un timbre, ce n'est pas une signature officielle, c'est complétement illégal".
Pour ces forfaits, la quinquagénaire veut que "le gouvernement danois prenne ses responsabilités pour tant de négligence".
"Ces autorités devaient opérer un certain contrôle, se faire une opinion en cas d'inquiétudes", souligne-t-elle.
Les huit plaignants réclament chacun 250.000 couronnes (33.000 euros). Le ministère des Affaires sociales s'est refusé à tout commentaire.
Y.Baker--AT