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Patrick Drahi, un empire des télécoms qui décline
Milliardaire discret, réputé pour son habileté avec les chiffres et son empire bâti grâce à la dette, Patrick Drahi a connu une ascension fulgurante dans les télécoms, culminant avec le rachat de SFR, dont il s'apprête à se séparer.
L'accord de vente a déjà un prix, 20,35 milliards d'euros, mais il n'est pas encore scellé.
Après être tombés d'accord en avril, Altice France, la maison mère de SFR, et ses trois concurrents --Bouygues Telecom, Iliad (Free) et Orange-- ont repoussé à vendredi leur période de négociations exclusives pour finaliser les conditions du deal.
Si l'issue reste incertaine, les discussions laissent entrevoir la fin d'un chapitre ouvert il y a 12 ans avec le rachat de l'opérateur par le milliardaire franco-israélien.
Une sortie sans effusion: l'homme d'affaires de 63 ans n'a pas fait exception à son habituel silence médiatique au cours des mois de tractations, ni lors de la renégociation massive de la dette d'Altice France l'année précédente.
Réputé pour ses méthodes de négociation à la dure, le milliardaire est aussi connu pour un goût du risque et des montages financiers qui ont accompagné son ascension, mais suscitant aussi inquiétudes et critiques.
- La dette comme carburant -
Né à Casablanca (Maroc) le 20 août 1963, fils de deux professeurs de mathématiques, Patrick Drahi est arrivé en France à l'âge de 15 ans. Diplômé de Polytechnique, il débute sa carrière chez Philips, puis chez UPC, filiale européenne du groupe câble américain Liberty Global, avant de se mettre à son compte.
Après le rachat de petits câblo-opérateurs régionaux, il bâtit discrètement Noos, qui deviendra Numericable.
"Il y a, chez lui, une dimension très réfléchie, sereine, préparée, organisée, structurée… Et puis, cette intuition", vante Arthur Dreyfuss, PDG d'Altice France.
C'est l'acquisition de SFR, pour laquelle il s'endette largement, qui le propulse sur le devant de la scène en 2014, après une longue bataille contre le groupe Bouygues.
Dans les mois et années qui suivent, Patrick Drahi développe ses activités à l'international et dans les médias, avec le rachat de Portugal Telecom, puis des câblo-opérateurs américains Suddenlink, et Cablevision. En parallèle, il devient actionnaire de référence de Libération, rachète une vingtaine d'autres titres, puis reprend RMC et BFMTV.
"Quand il a émis ces dettes, il l'a fait à un moment où il y a eu une sorte d'euphorie sur les marchés", commente auprès de l'AFP un dirigeant français du secteur, qui a souhaité rester anonyme.
"Il connaît les télécoms, mais ce qu'il aime faire, (…) c'est jouer", ajoute cette source.
Patrick Drahi est connu pour des acquisitions financées via des montages financiers s'apparentant à des LBO (leverage buy-out), c'est-à-dire en s'endettant et en comptant sur les futurs revenus de l'entreprise.
Il en fait sa marque de fabrique. "Je dors beaucoup plus facilement avec 50 milliards (d'euros) de dette qu'avec les premiers 50.000 francs que j'ai contractés quand j'ai créé mon entreprise", déclare-t-il devant une commission sénatoriale en 2016.
Décrit comme un homme au caractère affirmé, Patrick Drahi est aussi un homme "très agréable, très courtois", qui a "évité la faillite" au journal Libération, dit à l'AFP son ancien directeur Laurent Joffrin.
"La seule chose qui le souciait, c'est qu'on ne soit pas trop anti-Israéliens", se souvient-il.
- Le scandale Pereira -
Malgré ses succès, le milliardaire, classé 19e fortune de France avec 7 milliards d'euros en 2025 selon le magazine Challenges, voit son empire se fragiliser à partir de 2023.
Son bras droit et ami de longue date, Armando Pereira, est alors arrêté au Portugal pour des soupçons de corruption. Patrick Drahi se dit alors "trahi et trompé par un petit groupe d'individus".
A la même période, la dette massive accumulée par le groupe Altice commence à inquiéter, sur fond de remontée des taux d'intérêt.
Pour faire face, le groupe commence une cure d'amaigrissement, et cède plusieurs de ses actifs en France, dont BFM et RMC. Les autres filiales du groupe Altice à l'étranger procèdent également à des cessions.
L'empire Drahi n'est toutefois pas éteint: outre ses activités télécoms à l'international, le milliardaire détient toujours la maison d'enchères Sotheby's, rachetée en 2019.
Déjà propriétaire de la chaîne de télévision internationale i24 News, basée à Tel-Aviv, l'homme d'affaires a renforcé ses activités dans le pays, où il réside, avec un investissement en début d'année dans la chaîne israélienne Reshet 13.
D.Johnson--AT