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Bollywood se déchire autour de la régulation du temps de travail
Halte aux cadences infernales à Bollywood ! Les revendications montent dans la florissante industrie indienne du cinéma, depuis qu'une poignée de stars ont exigé que leurs journées de tournage ne dépassent plus huit heures.
Selon des indiscrétions, c'est Deepika Padukone, actrice de premier plan de 40 ans, qui a lancé le débat l'an dernier en claquant la porte d'un projet de film dont les producteurs auraient refusé de raccourcir sa présence sur le plateau pour lui permettre de s'occuper de son bébé.
En Inde, les journées de travail de 12 à 18 heures, parfois même bien au-delà, ont longtemps été considérées comme la norme en matière de temps de travail.
Mais de plus en plus de voix s’élèvent pour refuser ces rythmes archarnés et exigent des conditions de travail plus humaines. A commencer par les femmes, souvent stigmatisées comme exigeantes voire difficiles.
Des comédiens aussi célèbres que Suniel Shetty, Ram Kapoor, leur ont apporté leur soutien.
"Une fois que vous avez réussi dans le showbiz... alors oui, vous êtes en position de choisir le nombre d’heures que vous voulez travailler", affirme à l'AFP M. Kapoor.
Mais pour d'autres, limiter règlementairement le temps de tournage à huit heures par jour n'est pas adapté à l'activité cinématographique, par nature soumise aux imprévus techniques ou aux caprices de la météo.
"Ce n'est pas un travail de bureau", rappelle l'acteur Ali Fazal, qui en veut pour preuve les films qui intègrent des scènes d’action ou techniquement complexes, qui requièrent une grande flexibilité.
Un point de vue partagé par l'actrice Chitrangda Singh, pour qui l'industrie du 7e art "est aussi contrainte par des réalités économiques".
Des professionnels du secteur pointent également le coût très élevé des superproductions : entre lieux de tournage, équipes et matériel, la facture peut s'élever à plus de 22.400 euros par jour.
La pression est donc forte pour que chaque heure soit comptée, et surtout rentabilisée.
- Choix personnel -
Ancien secrétaire adjoint de l'Association indienne des artistes de cinéma et de télévision, Amit Behl souligne qu'il s'avère souvent difficile pour un réalisateur d'interrompre le déroulement d'un tournage.
"On ne peut pas laisser une scène en plan. Si c'est une scène d'action avec des cascadeurs, tout peut arriver", souligne cet acteur, "ce n'est pas comme fermer son ordinateur portable dans une entreprise informatique".
A titre d'exemple, Amit Behl cite la grande maison qui a servi de décor à la superproduction "Animal", louée quand même 26.300 dollars par jour.
"Ensuite il faut (...) des figurants, ce qui représente un coût supplémentaire, sans compter la restauration, l'électricité, les camions-loges et les agents de sécurité", énumère-t-il.
Les partisans d'une règlementation rejettent ces arguments, qu'ils jugent souvent liés à une mauvaise planification et des défauts d'efficacité structurels.
Le réalisateur Shekhar Kapur relève aussi dans ce débat des questions d'inégalité.
Il dénonce ainsi le traitement privilégié dont bénéficient acteurs et actrices par rapport aux techniciens, estimant que l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle devrait être le même pour tous.
"Tout le monde (devrait avoir) le privilège de définir ses heures de travail", résume-t-il.
Le débat qui déchire les protagonistes de l'industrie du cinéma a mis en lumière ses nombreuses disparités, avec des figurants et des équipes techniques dont le statut offre très peu de marge de négociation.
Pour beaucoup, cette question sociale marque un tournant à Bollywood, où jeunes professionnels comme stars confirmées commencent à contester ses pratiques.
Pour l'actrice Madhuri Dixit, 59 ans, la trancher relève toutefois plus d'un choix personnel que structurel.
"Nous avons fait des journées de 12 heures ou plus pour le tournage de (la série policière) +Mrs Deshpande+", se souvient-elle. "Mais si une femme veut travailler moins d'heures, c'est son droit, c’est sa vie (...) chacun fait ce qu'il veut. Moi, je suis une bourreau de travail!"
R.Garcia--AT