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Guatemala: à l'approche d'un éventuel El Niño, la peur de la famine hante les habitants d'un village
À mesure que la sécheresse s'étend à Cunén et que les probabilités d'un prochain phénomène météorologique El Niño augmentent, la peur d'une famine s'empare de ce village indigène du nord du Guatemala.
Situé dans le département maya du Quiché, Cunén est dans le Corridor sec, une bande aride vulnérable aux événements climatiques extrêmes qui couvre des parties du Honduras, du Salvador et du Nicaragua.
Les pluies tardent à venir et ceux qui ont pris le risque de semer craignent que le manque d'eau ne ruine leurs espoirs de récolte. "S'il n'y a pas de pluie, les cultures ne vont pas donner. Le peu (qu'elles donneront) c'est pour notre consommation" et sans autres revenus "nous allons mourir de faim", s'alarme auprès de l'AFP Cecilia Pasa, une habitante de 39 ans du proche hameau de Xetzac. Elle a semé un peu de maïs sur son lopin de terre.
Depuis des semaines, la sécheresse s'étend dans les rues poussiéreuses de Xetzac, et le débit des rivières qui irriguent champs de maïs, de pommes de terre, de brocolis, de haricots et de fèves s'amenuise.
Assise à l'ombre d'un arbre, Elvira Pasa, dirigeante communautaire de 27 ans, affirme également que "ce qu'on cultive, on ne le vend pas, on le mange".
"Que va-t-il se passer s'il ne pleut pas ?", renchérit Lucia Rojop, 43 ans.
A Cunén, tous se souviennent de la crise alimentaire provoquée par El Niño en 2023 et partagent la même crainte que l'histoire se répète, disant ne pas pouvoir compter sur le soutien du gouvernement.
Selon l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA), il existe environ 80% de chances qu'un épisode El Niño se développe d'ici juillet et que les effets se fassent sentir dans quelques mois à l'échelle mondiale.
En Amérique centrale, où tous les pays sont en état d'alerte, El Niño entraîne généralement des conditions plus sèches et plus chaudes.
Depuis plusieurs semaines, la température de l'eau dans certaines zones clés du Pacifique équatorial augmente rapidement, et une masse d'eau anormalement chaude s'accumule sous la surface.
Selon les experts, une évolution vers un "super El Niño" est possible, mais son évolution dépend encore de paramètres complexes et imprévisibles.
- "Trop sèche" -
Les craintes qui s'emparent de Cunén sont fondées. Hors période El Niño, quelque 2,5 millions de Guatémaltèques sont exposés au risque d'insécurité alimentaire en raison de la sécheresse.
Le gouvernement guatémaltèque assure disposer de seulement 1,1 million de rations à distribuer en cas d'urgence.
Dans le pays, le Corridor sec s'est étendu de 46 à 160 municipalités depuis 2004, soit presque la moitié de celles du pays, en raison du changement climatique, selon le gouvernement.
Et si El Niño s'installe, les pluies seront réduites de moitié, selon Alex Guerra, directeur de l'Institut privé de recherche sur le changement climatique (ICC).
Témoin de ces bouleversements, Cecilia Pasa parcourt sa maigre plantation de maïs et affirme que "la terre n'est plus aussi humide qu'avant", qu'elle est "trop sèche" et que "les pieds ne tiennent plus".
Certains de ses voisins, comme Catarina Sica, ont préféré ne rien planter.
"Il n'y a pas de pluie et le temps des semis est déjà passé", explique-t-elle, pointant un tas d'épis secs de maïs jaune, noir et blanc.
- Volonté divine -
Pendant des années, l'argent envoyé à Cunén par des Guatémaltèques installés aux Etats-Unis servait de soupape de sécurité. Mais la politique migratoire de l'administration Trump et l'expulsion de 24.000 personnes, dont beaucoup originaires du Quiché, ont tari cette ressource.
Depuis, le secteur de la construction s'est paralysé, entraînant la perte de nombreux emplois.
L'époux de Catarina Sica est revenu au pays il y a deux ans, après avoir réussi à économiser suffisamment pour construire sa maison en béton.
Il travaille dans des exploitations agricoles mais ses 10 dollars quotidiens ne suffisent pas à nourrir sa famille, qui comme la majorité des habitants de la région se limite aux plats de haricots et de pommes de terre.
Catarina tourne les yeux vers le ciel bleu immaculé, disant "attendre" avec anxiété une improbable pluie, et s'en remettre "à la volonté de Dieu".
E.Rodriguez--AT