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La France arraisonne un pétrolier de la flotte fantôme russe, Moscou dénonce un acte "illégal"
Le président français Emmanuel Macron a annoncé lundi l'arraisonnement dans l'océan Atlantique d'un pétrolier sous sanctions européennes en provenance de Russie, soupçonné d'arborer un faux pavillon, une opération jugée "illégale" par Moscou.
C'est le quatrième pétrolier de la flotte fantôme, utilisée par Moscou pour contourner les sanctions occidentales contre ses ventes de pétrole, à être intercepté en mer par la France, depuis le Boracay en septembre 2025.
L'arraisonnement de ce pétrolier, dénommé le Tagor, s'est produit à plus de 400 milles nautiques (740 km, ndlr) à l'ouest de la Bretagne, a précisé la préfecture maritime de l'Atlantique.
En provenance du port de Mourmansk, à l'extrême nord-ouest de la Russie, le navire se dirigeait vers la ville balnéaire de Limbé au Cameroun, pays dont il arborait le pavillon.
Mais la Marine française a estimé qu'il s'agissait probablement d'un faux pavillon, et a décidé de monter à bord du navire, comme le permet la convention de Montego Bay sur le droit de la mer.
Le Kremlin a cependant dénoncé une opération "à la limite de la piraterie internationale", par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov.
Le capitaine, de nationalité russe, a "refusé à de multiples reprises d'obtempérer aux consignes" des militaires français, ce qui a rendu "nécessaire" une prise de contrôle du navire, selon le procureur de Brest Stéphane Kellenberger.
"L'examen des documents a confirmé les doutes quant à l'irrégularité du pavillon arboré", a précisé la préfecture maritime.
- Ouverture d'une enquête pénale -
Le parquet de Brest, compétent en matière maritime, a dès lors ouvert une enquête pénale pour défaut de pavillon et refus d'obtempérer, confiée à la gendarmerie maritime.
En mars, le commandant chinois du Boracay avait été condamné, en son absence, à un an de prison de 150.000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Brest pour des faits similaires.
"Il est inacceptable que des bateaux contournent les sanctions internationales, violent le droit de la mer et financent la guerre que mène la Russie contre l'Ukraine depuis plus de 4 ans", a commenté Emmanuel Macron, en réaffirmant la détermination "constante et totale" de la France à lutter contre la flotte fantôme russe.
Le navire, qui compte 23 membres d'équipage, est actuellement escorté par la Marine nationale "vers un point de mouillage pour la poursuite des vérifications", a précisé la préfecture maritime. Vu son éloignement, il devrait mettre "24 à 48 heures" à rejoindre ce point de mouillage, selon la même source.
- Navire lié à un magnat iranien -
Sous sanctions des États-Unis, de l'Union européenne et du Royaume-Uni, le Tagor a changé à de multiples reprises de pavillon, arborant notamment celui de Madagascar, des Iles Marshall ou de Panama.
Soupçonné de transporter du pétrole russe ou iranien malgré les sanctions, le Tagor serait lié au magnat iranien du pétrole Mohammad Hossein Shamkhani, selon le site Opensanctions.org.
Mohammad Hossein Shamkhani est le fils d'Ali Shamkhani, proche conseiller de l'ancien guide suprême iranien Ali Khamenei. Ces derniers ont tous deux été tués en février, au premier jour de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.
Interrogée sur ce point, la préfecture maritime de l'Atlantique n'a pas fait de commentaire.
"Ce qui a déclenché (l'arraisonnement), ce sont les doutes sur la régularité du pavillon", a déclaré à l'AFP le capitaine de frégate Guillaume Le Rasle, porte-parole de la préfecture maritime. "C'est un bateau qui était suivi, connu", a-t-il expliqué. Le pétrolier était "quasiment vide" lors de son arraisonnement, selon lui.
Le système d'identification du navire (AIS) n'a plus émis de signal indiquant sa position depuis une semaine. Le Tagor naviguait alors au large des côtes norvégiennes, selon le site Marine Traffic.
L'interception de ce pétrolier est la quatrième de ce type effectuée par la France après celles du Deyna et du Grinch, arrêtés en Méditerranée respectivement en mars et janvier 2026, et celle du Boracay, arraisonné en septembre 2025 au large de Ouessant (Finistère).
Les trois navires avaient été immobilisés puis avaient pu repartir, après paiement d'amendes pour les deux derniers.
La France a annoncé le 8 avril vouloir doubler les peines applicables aux infractions de défaut de pavillon et de refus d'obtempérer.
T.Sanchez--AT