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Fibre Excellence: menacée de liquidation, l'"usine qui pue" de Tarascon divise
"C'est l'usine qui pue!". A Tarascon, l'usine de pâte à papier Fibre Excellence Provence (FEP) est un repoussoir pour les touristes et de nombreux riverains. Mais sa mauvaise santé économique - elle est en redressement judiciaire et menacée de liquidation - inquiète tout autant.
Plantée au bord du Rhône, sa haute cheminée rouge et blanche marque l'entrée sud de la ville depuis 1951. C'est d'elle que sortent les émanations sulfurisées, avec l'odeur d'"oeuf pourri" ou "de chou-fleur"...
Aurore Viviani, dont la fille est scolarisée à quelques centaines de mètres du site, connait cette odeur par coeur: "on est habitués, cette usine elle a toujours été là. Ils font attention, je ne m'inquiète pas". Sur le marché, une retraitée fustige "ceux qui veulent la fermer": "c'est l'emblème de Tarascon!".
Le nouveau maire RN, Alexandre Ducouret, rappelle qu'avec "270 emplois, c'est une usine importante pour Tarascon".
"C'est pas une raison pour faire n'importe quoi!", rétorque Me Vanessa Godier, qui poursuit l'entreprise au nom de plusieurs associations écologistes. L'avocate dénonce "des non-conformités persistantes, rejets polluants, nuisances sonores et olfactives" qui "portent atteinte à l'environnement et à la santé des riverains".
Les inquiétudes sont anciennes. Atmosud se dit "mobilisé depuis fort longtemps sur cette entreprise". L'organisme chargé de la surveillance de la qualité de l'air a confirmé dès 2016 que "les signalements d'odeur correspondent bien à des hausses d'hydrogène sulfuré, dont FEP est à l'origine", selon Sébastien Mathiot, chargé d'Action Territoriale chez Atmosud.
- Maux de tête, nausées -
Santé Publique France, associé à cette surveillance, relève "des maux de tête, des nausées, une difficulté à respirer, une irritation du nez, de la gorge ou des yeux".
Jugée pour ses émissions polluantes en 2021, FEP, déjà en grande difficulté financière, avait bénéficié de la clémence du parquet, qui avait demandé d'"être raisonnable" en requérant une amende de 50.000 euros, pour 500.000 encourus. L'entreprise avait finalement été relaxée.
Aujourd'hui, Atmosud observe que les émissions restent "loin des valeurs critiques" en termes sanitaires. Pour autant, rappelle M. Mathiot, l'Agence régionale de santé a établi que les gênes répétées, bruit des machines et odeurs, "sont une atteinte à la santé".
Contactée par l'AFP, la direction de FEP assure avoir fait de gros efforts sur ces deux volets, avec "plus de 4 millions d'euros" d'investissements. L'entreprise a entamé une procédure contentieuse contre une mise en demeure de changer les évaporateurs de sa cheminée.
La direction assure à l'AFP que les signalements de riverains ont baissé de 25% en 2025 par rapport à l'année précédente, mais Atmosud ne constate pas de diminution.
- "Poubelle" -
Parmi les auteurs de ces signalements: Bruno Eymeric, maraîcher, ne décolère pas contre "cette poubelle", montrant du doigt les installations rouillées, notamment la cheminée qui a près de 50 ans. "Un jour ça va exploser", redoute-t-il.
Il reconnait juste une amélioration: depuis qu'elle ne produit plus de pâte blanchie, l'usine ne pollue plus l'eau du Rhône au chlore.
Une pollution qui persiste à Saint-Gaudens, près de Toulouse, où est implantée la deuxième usine du groupe: les autorités ont dû restreindre la consommation d'eau potable du fait de rejets de chlorates dans le milieu naturel.
Lasse des appels à "sauver Fibre Excellence", l'association écologiste Les Flamants roses du Trébon, en lutte contre FPE, dénonce "un chantage à l'emploi" et un "air de déjà vu".
Déjà en grande difficulté en 2020, lâchée par son actionnaire principal Paper Excellence, Fibre Excellence avait déjà été placée en redressement judiciaire plusieurs mois avant d'être aidée par l'Etat puis rachetée par Paper Excellence lui-même (aujourd'hui rebaptisée Domtar), de l'Indonésien Jackson Widjaya dont la famille dirige le géant Asia Pulp and Paper.
Aujourd'hui, le groupe, propriétaire des deux dernières usines de pâte à papier de France, produit aussi de l'électricité à partir de bois et de copeaux déchets de la fabrication de papier, dont le cours a fortement augmenté ces dernières années, rendant déficitaire cette activité complémentaire.
Le richissime patron a refusé le deal proposé par le gouvernement français: débloquer des fonds en échange d'une hausse de 20% du tarif de rachat de l'électricité à Fibre Excellence.
Pour tenter de le faire céder, la région Occitanie demande qu'en cas de liquidation de l'entreprise, la dépollution des sites de Saint-Gaudens et de Tarascon - estimée à 500 millions d'euros - lui soit imputée.
M.King--AT