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Des vidéos de drones relancent le débat sur le tourisme dans les favelas de Rio
Sur le toit-terrasse d'une maison de Rocinha, plus grande favela de Rio de Janeiro, des touristes attendent qu'un drone les filme en gros plan avant de s'éloigner pour montrer le paysage iconique de la mégapole brésilienne.
Ce genre de vidéo pour 150 réais (environ 25 euros) cartonne sur les réseaux sociaux. Le succès est tel qu'il faut parfois faire deux heures de queue.
Publiées en ligne, elles suscitent un certain malaise, leur détracteurs fustigeant une romantisation de la pauvreté dans ces quartiers vivant sous le joug de narcotrafiquants.
Un argument balayé par Renan Monteiro, 42 ans, fondateur de l'agence de tourisme Na Favela Turismo. "On ne romantise pas la pauvreté (...) on veut battre en brèches les préjugés", dit-il à l'AFP.
"Le principal objectif, c'est de montrer le côté positif de Rocinha", le quartier où il a grandi et où vivent plus de 70.000 habitants.
Avant le tournage, les touristes participent à une visite guidée qui leur montre le quotidien de la favela.
Ils arpentent les ruelles étroites et pentues, croisent les habitants qui vaquent à leurs occupations ou ramènent leurs enfants de l'école.
Rocinha "a la réputation d'être un endroit dangereux mais j'ai trouvé ça super de découvrir l'ambiance", déclare Gabriel Pai, 38 ans, venu du Costa Rica.
- "Safari" -
Ingrid Ohara, une influenceuse brésilienne aux 12 millions d'abonnés sur Instagram et 20 millions sur TikTok, a savamment préparé sa chorégraphie.
Elle déambule sur le toit de la maison vêtue d'un peignoir, qu'elle enlève pour révéler une robe, tournoyant sur elle-même tandis que le drone s'éloigne en prenant de la hauteur.
"Ces vidéos font toujours beaucoup de vues et je voulais en faire une ici à Rocinha parce que ça devient viral partout dans le monde", explique-t-elle à l'AFP.
"Ces vidéos montrent Rio, notre pays, cela fait partie de notre culture", résume-t-elle.
Pour Renan Monteiro, ce genre de tourisme est largement préférable aux "safaris" organisés par le passé dans sa favela, avec des visites à bord de jeeps décapotables.
Mais les visites à Rocinha ont été brutalement interrompues 2017, quand une femme espagnole a été tuée lors d'une fusillade entre policiers et narcotrafiquants.
Quand les touristes ont recommencé à affluer, Renan Monteiro a élaboré avec des leaders communautaires des circuits sûrs pour éviter que les touristes ne "flânent là où ils ne faut pas".
Il a également créé une application pour suivre la localisation des guides et gérer le flux de touristes.
En cas de raid policier, les guides communiquent entre eux à travers l'application pour annuler les visites.
Son entreprise a formé 300 guides issus de la favela et une dizaine de pilotes de drones. Les propriétaires de 26 habitations dont les toits ou terrasses sont utilisés pour les prises de vue sont également rémunérés.
"Ça m'a changé la vie (...) ce serait bien que d'autres gens de la favela aient ce genre d'opportunité", dit Pedro Lucas, pilote de drone de 19 ans
- "Contraste exotique" -
Le tourisme est en plein boom à Rio, où le carnaval, les plages et les paysages splendides entre mer, montagne et forêt luxuriante font recette.
L'agence gouvernementale de tourisme Embratur a révélé à l'AFP qu'environ 290.000 touristes étrangers ont visité la ville en janvier, un record.
En février, Na Favela Turismo a reçu 41.000 visiteurs à Rocinha et dans le quartier voisin de Vidigal.
Pour Claudiane Pereira dos Santos, femme de ménage de 50 ans, cette "fièvre" touristique est bienvenue.
"Les gens associent (les favelas) au crime, aux mauvais côtés (...), mais il y a beaucoup de gens qui travaillent dur, des gens formidables", dit cette habitante de Rocinha.
"Je peux comprendre que certains habitants considèrent cela comme une source de revenus légitime", estime pour sa part Cecilia Olliveira, directrice de l'Institut Fogo Cruzado, qui recense les violences armées dans les quartiers pauvres.
"Le problème, c'est quand la favela cesse d'être un quartier vivant et complexe, plein d'inégalités, pour être résumé à un contraste exotique ou un décor servant à produire du contenu percutant", estime-t-elle.
P.Hernandez--AT