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L'Iran dirigé par un nouveau guide suprême, le pétrole s'envole
L'Iran entre lundi dans une nouvelle ère, avec la désignation de Mojtaba Khamenei comme guide suprême pour succéder à son père, au dixième jour d'une guerre qui plonge les marchés dans la panique et fait s'envoler les cours du pétrole.
La République islamique, attaquée par les Etats-Unis et Israël il y a dix jours, poursuit ses frappes contre les infrastructures de ses voisins du Golfe, riches en hydrocarbures et qui abritent des bases militaires américaines.
Une frappe iranienne a ainsi provoqué un incendie en début de journée dans le complexe de raffinage pétrolier d'Al-Maameer, à Bahreïn, selon un média d'Etat.
Et entre blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL), dommage aux infrastructures énergétiques et craintes sur la stabilité de la région, les marchés paniquent.
Les Bourses européennes ont ouvert en nette baisse, Paris chutant de 2,59%, Francfort de 2,47% et Londres de 1,57% dans les premiers échanges.
En Asie, la Bourse de Tokyo a clôturé sur un plongeon de quelque 5% tandis que Séoul dévissait de 6%.
Le prix du baril a brièvement dépassé les 118 dollars, son plus haut niveau depuis l'été 2022, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Le gaz européen a bondi d'environ 30%.
Depuis le début de la guerre le 28 février, le baril de West Texas Intermediate (WTI), référence du marché américain, a enregistré une hausse de 70%, du jamais vu sur une période aussi courte.
Face à ce choc pour l'économie mondiale, les ministres des Finances des puissances du G7 se réunissent en visioconférence lundi à 12H30 GMT. Le recours aux réserves stratégiques de pétrole est une "option envisagée" qui devrait être discutée, selon une source au sein de l'exécutif français.
Donald Trump, lui, considère que l'objectif de départ de la guerre - priver l'Iran de toute capacité à fabriquer l'arme nucléaire - vaut ces sacrifices. C'est un "tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des Etats-Unis et du monde", a assuré le président américain sur son réseau Truth Social.
Washington a indiqué dimanche vouloir apporter une protection militaire aux armateurs voulant faire sortir leurs tankers du Golfe. En attendant, la circulation reste quasi-paralysée dans le détroit - des médias mentionnant seulement le passage de quelques navires s'identifiant comme chinois.
- Sans hésiter "une minute" -
La République islamique, qu'Israël et les Etats-Unis présentent comme à genoux, a nommé un nouveau guide suprême dans la continuité.
Mojtaba Khamenei, un religieux de 56 ans considéré comme proche des conservateurs iraniens en raison notamment de ses liens avec les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, est parvenu à dépasser les réticences des plus réformateurs du régime.
Il succède à son père Ali Khamenei dix jours après sa mort dans l'offensive américano-israélienne.
A Téhéran, l'Assemblée des experts a assuré "ne pas avoir hésité une minute" à lui confier les rênes du pays. Les Gardiens, les forces armées, la police et la diplomatie lui ont immédiatement prêté allégeance.
Dans la foulée, les rebelles houthis du Yémen, alliés de Téhéran, ont salué un "coup dur pour les ennemis de la République islamique".
Lundi, trois factions armées irakiennes pro-Téhéran ont fait de même, convaincus que Khamenei fils s'inscrirait "dans la continuation bénie de la Révolution islamique".
En Iran, les médias officiels ont montré des scènes de liesse à travers le pays, avec des Iraniens agitant dans la nuit des drapeaux de la République islamique ou les lampes de leurs téléphones portables.
Quant à Donald Trump, qui revendique un droit de regard sur le pouvoir iranien, il a prévenu dimanche que le nouveau guide suprême "ne (tiendrait) pas longtemps" sans son aval, et ce avant même que le choix nom de Mojtaba Khamenei ne soit officialisé.
Il avait aussi déjà affirmé la semaine passée qu'il n'accepterait pas que le fils du guide suprême prenne la relève.
- Pékin refuse toute ingérence -
Pékin a en revanche décrit sobrement une décision "conforme" à la Constitution iranienne, se disant opposé à toute action étrangère qui viserait le nouveau guide.
L'armée israélienne a annoncé une nouvelle vague de frappes visant des bases de lancement de missiles, des centres de commandement des Gardiens de la Révolution et de la police, ainsi qu'une usine de moteurs de fusées.
Un drone iranien a blessé 32 civils, dont quatre grièvement, à Sitra, au Bahreïn, selon le ministère de la Santé. L'Arabie saoudite a annoncé l'interception de quatre drones qui se dirigeaient vers le gisement de pétrole de Shaybah, dans le sud-est du pays, déjà attaqué dimanche.
Aucun des deux camps ne montre de volonté d'apaisement. Dans une interview dimanche au Times of Israel, Donald Trump a assuré que l'arrêt des hostilités se ferait par décision "mutuelle" avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
En attendant, Israël vise lui aussi les infrastructures pétrolières iraniennes, pour affaiblir encore l'économie déjà exsangue de son ennemi.
Son armée a annoncé avoir frappé plusieurs dépôts de carburant à Téhéran. L'épaisse fumée noire provenant des réservoirs pétroliers a plongé dimanche la capitale iranienne dans une obscurité aux allures d'apocalypse, accompagnée d'une odeur de brûlé.
"L'air est devenu irrespirable", a témoigné une habitante jointe par téléphone depuis Paris. "Nous ne voulons pas qu'ils bombardent nos richesses nationales pour nous rendre encore plus pauvres que nous ne le sommes déjà".
Rien n'indique lundi que cette destruction mutuelle des infrastructures va s'arrêter rapidement. "Si vous pouvez supporter un pétrole à plus de 200 dollars le baril, continuez avec ce jeu", a menacé l'armée iranienne.
Israël a également annoncé lundi avoir repris ses frappes sur des "infrastructures du Hezbollah" pro-iranien à Beyrouth.
De violents combats ont opposé dans la nuit le mouvement chiite aux hélicoptères israéliens dans l'est du Liban, près de la frontière syrienne.
burx-dla/anb
K.Hill--AT