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"Artistes de l'acier": jeux vidéo et dessins animés aiguisent la passion du katana
Des étincelles illuminent l'atelier noirci de suie du forgeron japonais Akihira Kawasaki, tandis que son apprenti martèle l'acier chauffé à blanc, perpétuant un artisanat millénaire aujourd'hui en plein regain de popularité.
Malgré le vieillissement rapide de la population nippone et la diminution du nombre de forgerons, les katana, ces sabres légers et extrêmement tranchants à la lame courbe, séduisent une nouvelle génération de passionnés, particulièrement des jeunes femmes, portés par la pop culture.
Le jeu vidéo "Touken Ranbu", où des sabres prennent l'apparence de beaux jeunes hommes, a largement contribué au boom de la dernière décennie. Des succès plus récents comme la série américaine "Shogun" ou le dessin animé "Demon Slayer" ont renforcé cette tendance.
"C'est vraiment encourageant de voir que davantage de jeunes aiment sincèrement les sabres", déclare à l'AFP M. Kawasaki, 57 ans.
Les passionnés de katana "étaient autrefois exclusivement des hommes", dit-il, certains se montrant condescendants envers les nouveaux venus. "Ce n'était pas une communauté agréable."
- Public "à 80% féminin" -
Depuis la sortie de Touken Ranbu en 2015, certains fans sont devenus de véritables amateurs de katana.
Minori Takumi, 25 ans, a commencé à étudier les lames dans les musées après avoir découvert le jeu à l'adolescence.
"Je voulais voir les points communs entre un sabre réel et son personnage", dit-elle. Peu à peu, elle a été fascinée par le hamon, cette ligne blanchâtre le long du tranchant de la lame. Sa passion l'a menée au musée du sabre de Bizen Osafune, dans la ville de Setouchi, où elle est devenue conservatrice.
Le musée expose régulièrement "Sanchomo", un sabre légendaire classé trésor national, acheté plus de 3 millions de dollars en 2020 grâce à un financement participatif.
Sa présence dans Touken Ranbu en fait une attraction majeure : "Quand il est exposé, la fréquentation explose", indique Tumi Grendel Markan, guide culturelle, évoquant un public "à 80% féminin".
Elle estime que "Shogun" a également contribué à introduire les sabres japonais à une nouvelle génération.
Le succès massif de "Demon Slayer" a poussé artisans et amateurs du monde entier à poster sur YouTube des vidéos où ils recréent les sabres extravagant de la série, engrangeant des millions de vues.
De jeunes fans de "Demon Slayer" viennent aussi voir le travail de M. Kawasaki, impressionné par leurs connaissances. "Peu importe ce qui les attire, tant qu'ils apprennent à aimer le katana", dit-il.
- La passion pour la forge s'essouffle -
Malgré cet engouement, les forgerons restent en difficulté. Leur nombre a été divisé par deux en près de 40 ans pour atteindre environ 160, selon l'Association des forgerons du Japon. Beaucoup sont septuagénaires ou octogénaires.
Les jeunes sont rebutés par l'apprentissage obligatoire, non rémunéré, qui dure au moins cinq ans, explique Tetsuya Tsubouchi, un responsable de l'association.
Le travail quotidien - marteler l'acier des heures durant, rester en sueur devant le foyer - est éprouvant.
Surtout, "on peine à gagner sa vie", dit M. Tsubouchi, 66 ans, évoquant des prix tirés vers le bas par la préférence des collectionneurs pour les sabres anciens. "L'idée que les sabres anciens sont les meilleurs reste profondément ancrée."
Le travail de M. Kawasaki fait figure d’exception : ses pièces se vendent pour des dizaines de milliers de dollars.
Outre les fans de Touken Ranbu cherchant des répliques, les pratiquants d'arts martiaux apprécient leur efficacité.
Mais il souhaite surtout que le katana soit reconnu comme une œuvre d'art contemporaine. Il dit créer des sabres dotés d'une "puissance, beauté et vitalité" incomparables.
Tous les forgerons ne partagent pas cette vision. Certains produisent de bonnes lames "sans jamais rechercher la créativité", dit-il. Tant que cet état d'esprit perdurera, le katana contemporain restera sous‑estimé, prévient-il.
"À moins de nous affirmer comme des artistes de l'acier, nous ne serons jamais reconnus à notre juste valeur."
M.King--AT