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Dans le Nord, la lutte antidrones est synonyme de "made in France"
"Le contexte géopolitique actuel nous donne raison": près de Lille, l'entreprise MC2 Technologies, spécialisée dans la lutte antidrones, revendique une maîtrise totale de sa production, un avantage dans une Europe "très dépendante des technologies américaines et asiatiques".
"Quand on dit qu'on est souverain dans nos technologies, qu'on maîtrise vraiment toute la chaîne de valeur, c'est une réalité", assure Nicolas Vellas, cofondateur et président de cette société basée à Villeneuve-d'Ascq (Nord).
Associé à Christophe Gaquière, qui était le directeur de sa thèse dans le domaine des hyperfréquences, M. Vellas a créé en 2004 cette entreprise initialement spécialisée dans la microélectronique, et désormais à la pointe de la lutte antidrones, contre lesquels elle développe détecteurs et brouilleurs.
Dans ce domaine, l'Europe "a laissé partir des technologies aux Etats-Unis ou en Asie" qu'elle n'aurait pas dû abandonner, et a en conséquence "une forme de dépendance à des fournisseurs américains ou asiatiques", déplore M. Vellas.
Chez MC2, "du composant électronique jusqu'au système, on maîtrise vraiment toute la chaîne de l'informatique, tout ce qui est système embarqué, tout ce qui est mécanique, électronique, hyperfréquence, etc.", énumère-t-il.
"Tout ça est maîtrisé en interne. Et c'est ça qui fait notre force", assure l'entrepreneur, avant de souligner, dans un sourire: "Le contexte géopolitique actuel nous donne raison".
- "Bulle de protection" -
MC2 Technologies compte près d'une centaine de salariés, contre une quinzaine en 2015. Une expansion rapide qui a déjà obligé la société à déménager plusieurs fois ces dernières années, pour agrandir ses locaux.
Ses "fusils" brouilleurs de drones NEROD RF, des armes semblant tout droit sortir d'un épisode de Star Wars, ont été utilisés pour la sécurisation de grands événements tels que le 14-Juillet et les JO de Paris-2024.
L'entreprise fabrique aussi de gros équipements comme son MAJES, imposant brouilleur de drones de près de 2 mètres de haut pour plus de 400 kgs, qui peut aussi fonctionner en réseau avec plusieurs unités.
De quoi "permettre de générer une bulle de protection de plusieurs kilomètres autour d'un site sensible à défendre" tel qu'un "palais présidentiel, une base militaire, un aéroport, un stade", selon Alexandre Massonnet, responsable commercial chez MC2.
Les technologies anti-drones sont devenues "absolument indispensables", relève Léo Péria-Peigné, chercheur au Centre des études de sécurité de l'Institut français des relations internationales (Ifri).
Trois ans après le début de l'invasion russe de l'Ukraine, "le drone est partout, tout le temps, dans tous les domaines et, surtout, le drone est maintenant un outil consommable", souligne ce chercheur.
L'armée française ne compte actuellement que quelques milliers de drones dans ses équipements, quand les Ukrainiens en ont utilisé plus d'un million et demi l'an passé et comptent en utiliser 4,5 millions cette année pour faire face à la Russie.
- "Six semaines" de développement -
L'explosion de l'usage du drone s'est accompagnée d'une accélération du cycle de développement. "Il y a 15 ou 20 ans", ces cycles "étaient de plusieurs années", rappelle Nicolas Vellas. En Ukraine, leur durée est à présent de "six semaines", selon Léo Péria-Peigné.
MC2, qui réalise déjà 85% de ses ventes sur le marché de la défense, se dit prêt à tripler voire quadrupler sa production, et à passer d'un chiffre d'affaires actuel d'environ 15 millions d'euros à 50 millions d'euros, sur fond de la volonté affichée par la France et l'Europe de se réarmer massivement.
Mais le développement des dispositifs anti-drones en France est ralenti par un coût bien plus élevé qu'en Russie. Entre ce que produit MC2 Technologies et ce qui peut se faire là-bas, "vous pouvez avoir un facteur 10 sur le coût", reconnaît Nicolas Vellas.
Il y a aussi des contraintes normatives, et la rareté des exercices lors desquels MC2 peut faire tester ses technologies.
"Si on veut faire des essais de nos équipements, on doit le faire dans le cadre d'exercices organisés par les autorités régaliennes" telles que l'armée et la police, explique Nicolas Vellas.
"En six mois de temps, il n'y a eu qu'une (fenêtre)", regrette-t-il. "Il aurait fallu en faire dix".
F.Wilson--AT