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Salvador: Bukele, le président "millenium" devenu en 3 ans chef de guerre anti-crime
Elu avec l'image d'un "président millenium", le jeune président salvadorien Nayib Bukele fête mercredi ses trois premières années au pouvoir qui ont vu sa mue en chef de guerre contre les "maras", les redoutables bandes criminelles qui sèment la terreur dans le pays.
En dépit de critiques sur des violations de droits de l'Homme, la lutte contre la criminalité vaut au jeune président âgé de 40 ans, friand des réseaux sociaux, une popularité record de 91%, selon un récent sondage de l'Institut Cid Gallup.
Les "maras" peuvent compter sur un effectif total de 70.000 criminels, mais Nayib Bukele entend bien faire sortir le Salvador du sinistre palmarès des pays les plus dangereux au monde, hors zones de conflit.
Après une vague de 87 meurtres à la fin du mois de mars, le président salvadorien a décrété l'Etat d'exception.
Depuis, des milliers de militaires patrouillent dans les rues et 35.000 "mareros" présumés ont été jetés en prison sans passer devant le juge, rejoignant les 16.000 déjà détenus.
- "Potion amère" -
"Le régime d'exception est une décision audacieuse, nécessaire face à un phénomène compliqué comme celui des bandes criminelles", juge l'analyste politique Dagoberto Gutierrez pour qui c'est une "potion amère mais nécessaire".
Si la lutte contre les maras "affecte leur capacité de nuisance" et que les bandes criminelles sont "en déroute ou se cachent", elles ne disparaîtront pas pour autant à court terme, avertit cependant le criminologue Ricardo Sosa.
La guerre contre les criminels est approuvée par "huit sur dix des Salvadoriens", relève la très respectée Université Centroaméricaine (UCA, jésuite).
Le président Bukele met en avant la baisse de 2.398 meurtres en 2019 à 1.147 en 2021. Cependant, ses détracteurs attribuent ce bilan flatteur également à de présumées négociations secrètes entre le gouvernement et des gangs, ce que nient les autorités.
Les critiques dénoncent aussi ce qu'ils considèrent comme une dérive autoritaire du président. Les Etats-Unis et des organisations internationales ont appelé son gouvernement à respecter les droits de l'Homme en pointant des arrestations arbitraires massives et des mauvais traitements infligés aux prisonniers.
En mai 2021, grâce à un Parlement dominé par ses partisans, M. Bukele a évincé les juges de la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême, la plus haute instance judiciaire du pays. Il a aussi limogé le Procureur général ainsi que les juges âgés de plus de 60 ans ou avec plus de 30 années de service, soit un tiers des 690 magistrats salvadoriens.
Washington, l'ONU et l'Organisation des Etats américains (OEA) ont alors donné de la voix en demandant au gouvernement du Salvador de respecter l'Etat de droit et la liberté de la presse.
"Ces trois années (au pouvoir) ont été marquées par l'autoritarisme, les atteintes à la séparation des pouvoirs", juge l'analyste Eduardo Escobar, directeur de l'association Action Citoyenne.
- Tempête sur le bitcoin -
Sur le front économique, le président Bukele tente d'obtenir auprès du FMI un prêt de 1,3 milliard de dollars pour assainir les finances du pays dont la dette publique est d'environ 90% du PIB.
Indifférent à la tempête sur la crytomonnaie dont la valeur dégringole, le "président millenium" veut également émettre des bons en bitcoin pour un montant équivalent à un milliard de dollars pour construire une "Bitcoin City" près du volcan Conchagua, qui lui fournirait une énergie renouvelable et inépuisable.
Depuis septembre 2021 le bitcoin a en effet le statut de monnaie légale, au même titre que le dollar.
Mais les négociations avec le FMI, pourtant cruciales, s'enlisent parce que le gouvernement refuse les conditions qui lui sont imposées, selon l'économiste Rafael Lemus. "Le gouvernement ne veut pas (se plier) aux normes du FMI sur la transparence, le suivi et la lutte contre la corruption", indique l'économiste.
M. Lemus s'inquiète d'une situation "d'instabilité" du pays qui risque d'être en défaut de paiement de la dette.
Une perspective rejetée fermement par le ministre des Finances Alejandro Zelaya, qui dénonce les "prophètes du chaos".
W.Morales--AT