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A Minsk, "le pilier" Loukachenko et personne d'autre
"C'est notre pilier": dans le centre-ville de Minsk, Alina n'hésite pas un instant pour expliquer qu'elle votera dimanche pour Alexandre Loukachenko, l'autocrate assumé qui dirige d'une main de fer le Bélarus depuis plus de 30 ans, ayant éliminé toute opposition.
La présidentielle de cette année ne sera qu'une formalité pour ce proche allié de Vladimir Poutine, à qui il avait prêté son territoire pour l'invasion russe de l'Ukraine voisine en février 2022.
Le mouvement de contestation inédit qui s'était levé contre lui en 2020 après sa réélection a été éradiqué par la force: des centaines de Bélarusses ont été condamné à de lourdes peines de prison et des centaines de milliers d'autres ont fui le pays, notamment en Pologne, laissant l'opposition exsangue.
Contexte répressif ou pas, Alina, 19 ans, se dit convaincue que "la plupart des gens le soutiennent".
Mais comme la majorité des personnes interrogées par l'AFP, le jeune fille est prudente et préfère taire son nom de famille.
Quant à son niveau de vie, pas de plainte non plus. Alina dit gagner "1.400-1.600" roubles bélarusses par mois, soit autour de 450 euros, et "ça me va".
"Je voterai pour +batka+ !", lance-t-elle donc fièrement, utilisant le surnom populaire d'Alexandre Loukachenko qui signifie "père" en bélarusse.
Comme tous les Bélarusses nés depuis l'indépendance du pays en 1991, cette employée de fastfood ne peut s'imaginer une autre personne à la tête de son pays.
Elle admet franchement "ne pas connaître" les quatre autres candidats validés par le pouvoir et relégués à un rôle de faire-valoir. Leurs visages sont d'ailleurs entièrement absents de l'espace public.
A quelques mètres de là, Vladimir Labanov, un jeune ingénieur de 24 ans, se montre aussi élogieux envers le président de 70 ans: "Je le respecte. C'est un homme fort".
"Il met de l'ordre dans le pays", salue-t-il.
L'Union européenne estime de son côté qu'Alexandre Loukachenko "n'a aucune légitimité démocratique" depuis la présidentielle "ni libre ni régulière" de 2020, en plus de violations "persistantes" des droits humains.
- "Sous son règne" -
Sur les imposantes artères au style soviétique de Minsk, la capitale de ce pays de neuf millions d'habitants, de nombreux panneaux faisant la réclame de l'élection ont été installés aux arrêts de bus et sur des façades.
Dans la grisaille d'un hiver inhabituellement doux, chacun semble vaquer à ses affaires, sans trop se soucier de ce scrutin réglé d'avance.
Antonina, 77 ans, se félicite elle d'un coup de pouce opportun du dirigeant Loukachenko, qui a signé un décret à quelques jours de la présidentielle... pour revaloriser en moyenne de 10% les retraites.
"C'est très bien !", s'exclame ravie cette ancienne enseignante qui reçoit chaque mois environ 300 euros.
Au Bélarus, l'économie reste largement planifiée par l'Etat, un héritage de l'URSS cher à Alexandre Loukachenko, lui-même ancien directeur de kolkhoze, ces grandes fermes collectives.
Elle fait face depuis plusieurs années à de lourdes sanctions occidentales imposées en réponse à l'étouffement des voix critiques du pouvoir et, depuis 2022, en raison du soutien logistique fourni à l'invasion russe en Ukraine.
"Ce n'est pas important !", balaye Sergueï Kouznetsov, 74 ans, car selon lui le Bélarus a déjà trouvé une alternative: "Toutes nos ventes sont destinées à la Chine", vante-t-il.
Dans les faits, les Bélarusses n'ont plus accès à de nombreux produits européens et ont perdu des marchés. Les liaisons ferroviaires et aériennes ont été coupées, le transport routier est sanctionné et Minsk doit compter sur Moscou pour soutenir son économie.
"Les sanctions touchent toutes les familles d'une façon ou d'une autre", reconnaît Dmitri, un professeur de 39 ans qui a voté jeudi en avance comme la loi bélarusse en prévoit la possibilité.
Mais son niveau de vie actuel avec sa femme et son enfant lui "convient", et il assure "faire confiance" à Alexandre Loukachenko. "J'ai grandi sous son règne", se justifie-t-il.
Autour de lui, il explique toutefois "connaître des gens qui sont partis" après le soulèvement populaire de 2020, notamment "par peur des persécutions" du tout-puissant KGB.
En attendant, Alexandre Loukachenko va obtenir dimanche un septième mandat.
"C'est comme ça depuis des siècles", sourit la jeune Alina. Depuis 1994 précisément.
Th.Gonzalez--AT