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Aux assemblées générales, les rémunérations des dirigeants sèment le trouble parmi les actionnaires
C'est la question qui peut fâcher l'actionnaire: combien le patron de la société dans laquelle il a investi doit être rémunéré ? En pleine saison des assemblées générales (AG), les résolutions sur le sujet fleurissent, avec leur cohorte de questionnements et d'oppositions sur le bien-fondé de montants parfois colossaux.
La "sensibilité sur le sujet est forte" chez les petits porteurs que représente Véronique Guisquet-Cordoliani, secrétaire générale de la Fédération des investisseurs individuels et des clubs d'investissement (F2iC) interrogée par l'AFP.
Un patron du CAC 40 était en moyenne rémunéré à hauteur de 5,9 millions d'euros sur l'année 2021, contre 4,8 millions en 2020 (+23%), a calculé l'Observatoire des multinationales. Soit à peu près 80 fois le salaire médian des entreprises en question, selon les données compilées par le cabinet Willis Towers Watson.
Un thème d'autant plus sensible en période de forte inflation, attendue en France par l'Insee à 5,4% sur un an en juin, quand le pouvoir d'achat s'étiole.
"Le sujet prend du poids depuis deux ans" au sein des assemblées générales d'actionnaires, abonde Bénédicte Hautefort, cofondatrice de Scalens (ex-L'Hebdo des AG), précisant que plus d'une question posée en AG sur dix porte là-dessus, un score jugé significatif.
Et les résolutions passent de moins en moins facilement, souligne-t-elle, même s'il n'y a pas de "rejets massifs" lors des votes, à de rares cas près. Elior, M6 ou encore Vivendi ont dû se contenter cette année de résolutions passées à moins de 80% des voix et les sociétés doivent "s'interroger sur les raisons de cette réticence", plaide Mme Guisquet-Cordoliani.
- Des règles rigides... en France -
Les résolutions sur les salaires "sont généralement plus contestées que les autres sujets", observe Loïc Dessaint, du cabinet de conseil Proxinvest, appelant notamment à voter contre les rémunérations des présidents du conseil d'administration de la Société Générale, Lorenzo Bini Smaghi, et de BNP Paribas, Jean Lemierre, lors de leur AG mardi.
En cette matière, les actionnaires doivent se prononcer sur deux points: les principes de la rémunération des dirigeants pour l'année en cours et, surtout, le versement des bonus pour l'année précédente.
Ce vote est contraignant depuis l'entrée en vigueur en 2018 de la loi Sapin II, du moins en France. Si le directeur général de Stellantis Carlos Tavares (Peugeot-Citroën-Fiat) peut passer outre le vote contre d'une majorité d'actionnaires, c'est parce que la société est basée aux Pays-Bas.
Son salaire astronomique, 19 millions d'euros, a d'ailleurs fait sortir la F2iC de sa réserve, un cas rarissime. La fédération "ne donne aucune consigne de vote, mais réagit parfois lorsqu'elle constate des aberrations", développe Mme Guisquet-Cordoliani. Emmanuel Macron avait lui-même jugé le 15 avril ce montant "choquant et excessif" au micro de Franceinfo.
- Critères environnementaux et de gouvernance -
Les votes contre peuvent également traduire un sentiment plus large de défiance de certains actionnaires à l'égard de la gouvernance.
Les actionnaires demandent davantage de transparence et d'explications sur la politique de rémunération, expliquent à l'AFP les consultants de Willis Towers Watson, Gérald Joliy et Jérôme Rambaldi.
Et les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) "s'invitent désormais à la table", complète Franck Cheron du cabinet Deloitte.
Selon les données qu'il a compilées, seulement 5% des rémunérations des dirigeants de l'indice SBF 120 de la Bourse de Paris étaient indexées sur des critères ESG avant la crise du Covid-19.
Depuis, "un cap a été franchi", reprend-il, citant Axa en exemple. L'assureur a porté à environ 20% le poids des indicateurs extra-financiers dans la rémunération variable de son dirigeant.
Mais cela n'a pas empêché un couac pour Axa. Au cours d'une AG mouvementée fin avril, le projet de hausse de rémunération du directeur général a été approuvé par 77,7% des votants, un score inférieur à la moyenne - légèrement supérieur toutefois à 2021.
La dimension extra-financière est aussi devenue indispensable pour la Banque de France, qui n'hésite pas à voter contre si elle n'est pas assez prise en compte. Un cinquième des votes contre de la banque centrale française l'an dernier concernaient des sujets de rémunération.
Th.Gonzalez--AT