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Ecoles délabrées, classes surpeuplées: sur l'éducation, l'Irak mauvais élève
Dans une classe délabrée, les écoliers d'un village du centre de l'Irak suivent la leçon entassés à plusieurs sur leurs pupitres, illustrant une déliquescence du secteur éducatif pesant sur l'avenir des jeunes générations.
"Quand il pleut, on ne donne pas cours: l'eau s'infiltre par le toit", confie à l'AFP Oudaï Abdallah, proviseur de l'école primaire du hameau d'al-Aïtha, dans la région de Bani Saad.
"Nous avons peur que le plafond ne s'effondre sur les enfants", justifie-t-il, en référence aux poutres de bois retenant des rameaux tressés, d'où pendent une ampoule et un ventilateur.
Dans l'établissement public, pas de chauffage dans les classes. Pour protéger du froid, les vitres cassées sont remplacées par des planches de bois ou de carton. Les toilettes sont dans la cour, à ciel ouvert. "Les 200 élèves se partagent un seul lavabo", reconnaît le directeur.
Cette école, dans la province de Diyala, est loin d'être une exception. Dans un Irak riche en pétrole mais miné par des décennies de conflits, une corruption endémique et des politiques publiques défaillantes, une école sur deux doit être réhabilitée, selon l'Unicef.
Les écoles de terre cuite pullulent dans les régions reculées, quand elles n'ont pas été remplacées par de modestes structures en préfabriqués.
Dans un pays se targuant d'avoir eu autrefois un des meilleurs systèmes éducatifs du Moyen-Orient, les écoles dépassées par les effectifs répartissent l'enseignement en plusieurs rotations, des élèves ayant cours uniquement le matin et d'autres l'après-midi.
Même le ministère de l'Education reconnaît que l'Irak a besoin de 8.000 nouvelles écoles. Des centaines d'établissements sont en construction.
- "Poulailler" -
"Avec la poussière, la boue, les vipères et les scorpions, cette école n'est même pas adaptée pour être un poulailler", lâche Ahmed Latif professeur de mathématiques à al-Aïtha, la trentaine.
L'école publique a fermé en 2011 pour des rénovations qui, une décennie plus tard, n'ont jamais été achevées. Alors, pour poursuivre l'éducation des enfants, les parents ont loué sur une ferme une bâtisse en pierre et en terre, pour la convertir en école. Familles et enseignants ont payé pour construire des classes supplémentaires.
"Ces écoliers (...) ont le droit de bénéficier des retombées du pétrole", plaide M. Latif, en allusion aux immenses profits engrangés par le pays. "Mais n'y eux, ni leurs parents avant eux, n'en profitent".
Citant "violences, dommages infligés aux infrastructures et déplacements massifs" de population, l'Unicef reconnaît que les années de conflits "ont affaibli les capacités du gouvernement irakien à fournir des services éducatifs de qualité pour tous".
"Le nombre d'enseignants qualifiés en Irak a baissé à tous les niveaux d'enseignements, à l'exception du pré-scolaire", ajoute l'agence onusienne sur Internet.
Si la Banque mondiale salue une stratégie nationale du gouvernement ambitionnant d'augmenter de 10% à 16% la part du budget allouée à l'éducation, elle juge cette mesure "en-deça du nécessaire pour répondre aux besoins importants du pays en capital humain".
Outre les investissements dans les infrastructures, l'institution préconise des réformes dans le domaine afin "d'améliorer le capital humain" et équiper "les jeunes des compétences nécessaires aux emplois d'aujourd'hui et de demain".
Car les "lacunes" du secteur ont entraîné "un chômage élevé des jeunes, une importante inadéquation des compétences et une faible participation au marché du travail -- tout ce qui entrave la croissance économique de l'Irak".
- "Dossier prioritaire" -
Sur les 43 millions d'Irakiens, 60% ont moins de 25 ans, selon l'ONU. Le pays compte quelque 12 millions d'écoliers, en majorité au primaire, selon le porte-parole du ministère de l'Education Karim al-Sayyed.
"L'éducation est devenue un dossier prioritaire pour l'Etat", assure-t-il, évoquant un partenariat avec des entreprises chinoises devant permettre la construction et l'entrée en service cette année d'un millier d'écoles, pour éliminer les écoles en terre et les préfabriqués.
Dans ces conditions, le privé prospère. A Bagdad et dans les métropoles, plusieurs établissements ont ouvert, destinés aux classes moyennes ou à l'élite: les frais de scolarité annuels s'élèvent à des centaines, voire des milliers de dollars.
Malgré un modeste salaire de fonctionnaire, Wissam débourse annuellement 680 dollars pour éduquer dans le privé sa fille de 10 ans, Banine.
"Le privé c'est la propreté, le confort, la climatisation dans les classes, une éducation de qualité", justifie le quadragénaire.
Banine "a passé un an dans le public, l'apprentissage était médiocre, l'école était bondée. Dans sa classe il y avait plus de quarante enfants".
H.Romero--AT