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Des enseignants de Seine-Saint-Denis dans la rue pour réclamer un plan d'urgence
"Du fric pour l'école publique": les enseignants de Seine-Saint-Denis ont défilé en nombre jeudi à Paris pour réclamer un plan d'urgence ambitieux pour l'école en Seine-Saint-Denis et l'abandon de la réforme des groupes de niveau, synonyme selon eux de "tri des élèves".
"On veut du fric, du cash, de la moula pour l'école publique", "Stanislas rends l'argent" ont scandé pendant plus de trois heures les manifestants - 4.500 selon les organisateurs - avant de rejoindre vers 15h00 le ministère de l'Education barricadé par un important dispositif policier.
De nombreux élus LFI, PS et PCF du département ont pris part au cortège composé d'enseignants, élèves et de leurs parents, a constaté une journaliste de l'AFP.
"On est un peu usé par le fait que le service public est de plus en plus cassé", témoigne Laure (elle n'a pas donné son nom), professeure de français au lycée Suger à Saint-Denis.
"On nous dit qu'il n'y a pas de moyens mais quand je fais passer les épreuves de bac à l'académie de Paris ou de Versailles, je vois bien que les moyens sont là", assure l'enseignante. "Ce que subissent nos élèves en Seine-Saint-Denis, aucun parent parisien ou versaillais ne l'accepterait", ajoute-t-elle.
Tous les professeurs interrogés lors de la manifestation étaient farouchement opposés à la réforme des groupes de niveau.
"On trie les déchets, pas les élèves", s'emporte un professeur d'histoire-géo à Montreuil qui a requis l'anonymat.
"Toutes les études montrent que cela n'a pas d'effet sur les élèves", assure l'enseignant, qui estime que "c'est la question du tri social qui se profile. Qui pourra aller en seconde générale ?"
La réforme prévoit la création de groupes de niveau à compter de la rentrée 2024 en 6e et en 5e pour le français et les mathématiques, et à partir de septembre 2025 en 4e et 3e.
Face au tollé provoqué par cette mesure, la ministre de l'Education Nicole Belloubet a annoncé jeudi un assouplissement dans sa mise en place tout en restant floue sur son mode d'application.
L'intersyndicale départementale FSU, CGT, SUD, CNT et FO, qui a appelé à la grève, a revendiqué 40% de grévistes jeudi dans le secondaire, le rectorat de Créteil estimant ce pourcentage à 22%.
- "Sortir le chèque" -
"Je suis très attentive au mouvement social (...) en Seine-Saint-Denis", avait indiqué Mme Belloubet devant l'Assemblée nationale lors des questions d'actualité au gouvernement mercredi.
"C'est bien parce que je sais que ce département concentre tout à la fois de nombreux atouts et de vraies difficultés que nous y apportons une attention particulière et que des dispositifs spécifiques s'y sont déployés", avait ajouté la ministre lorsque le député de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu l'avait interrogée sur le mouvement de grève des professeurs, débuté le 26 février.
Mme Belloubet "a entrouvert une porte en acceptant de nous rencontrer", a indiqué à l'AFP l'élu PCF.
En Seine-Saint-Denis, un enfant perd en moyenne un an de cours sur toute sa scolarité en raison des absences d'enseignants non remplacés, selon la fédération de parents d'élèves FCPE.
Depuis une dizaine de jours, enseignants, élèves et parents mènent des opérations "école déserte".
Les syndicats réclament "358 millions d'euros" pour permettre la création de 5.000 postes d'enseignants et un peu plus de 3.000 emplois de vie scolaire.
Parmi les revendications figurent aussi des seuils à 20 élèves par classe, la réfection des établissements vieillissants et l'abrogation de la réforme du choc des savoirs.
"Mme Belloubet a fait un pas en arrière en voulant assouplir la réforme", se réjouit Louise Paternoster, cosecrétaire de la CGT Educ'Action 93, qui appelle à poursuivre la mobilisation jusqu'à ce que la ministre "sorte le chèque".
Le président du département de la Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel (PS), milite pour le transfert de la Seine-Saint-Denis de l'académie de Créteil à celle de Paris, dans un entretien publié jeudi par Libération. Ce changement d'affectation permettrait selon lui "une mutualisation des moyens" et "une plus grande attractivité pour les enseignants".
Dans son département, "plus de 60% des établissements sont en REP (réseau d'éducation prioritaire) et pourtant, les moyens alloués par l'Education nationale sont parfois inférieurs à ceux des établissements des quartiers favorisés de Paris", regrette l'élu.
M.Robinson--AT