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Epilogue judiciaire de l'affaire des faux espions de Renault
L'affaire des "faux espions" de Renault, une histoire d'espionnage inventée de toutes pièces mais qui a conduit au licenciement de trois cadres du constructeur automobile, va connaître jeudi son épilogue judiciaire avec la décision attendue du tribunal correctionnel de Paris.
Le parquet a requis quatre ans de prison avec sursis et une amende de 100.000 euros à l'encontre du principal prévenu, Dominique Gevrey, 65 ans, un ancien officier de la direction de la protection et de la sécurité de la défense (DSPD), reconverti dans la sécurité privée et recruté par Renault.
L'accusation le soupçonne d'avoir "trompé" Renault pour lui soutirer plus de 318.000 euros pour payer une "source" qui... n'aurait jamais existé.
Dominique Gevrey est le seul des trois prévenus (un quatrième mis en cause est mort avant le procès) à être poursuivi pour escroquerie et tentative d'escroquerie.
Contre les deux autres prévenus, Marc T. et Michel L., jugés respectivement pour recel de violation du secret professionnel et complicité d'escroquerie et de tentative d'escroquerie, le parquet a demandé dix-huit mois de prison avec sursis et 20.000 euros d'amende et six mois de prison avec sursis et 5.000 euros d'amende.
L'affaire avait commencé par une lettre anonyme adressée le 17 août 2010 à quatre hauts dirigeants du constructeur pour dénoncer le versement de pots-de-vin à des salariés en échange d'informations sensibles autour d'un programme phare de voitures électriques de Renault.
Le constructeur, dirigé alors par Carlos Ghosn, avait pris l'affaire suffisamment au sérieux pour ouvrir une enquête interne confiée à sa direction de la protection (DGP).
Qui a été l'auteur de la lettre anonyme qui a mis le feu au poudre ? La question reste ouverte.
Mais pour l'avocat de Renault, partie civile au procès, Me Philippe Goossens, il existe des "éléments troublants" qui laissent à croire que le mystérieux "corbeau" et Dominique Gevrey sont une seule et même personne.
- Les "excuses" de Carlos Ghosn -
S'abritant derrière une source anonyme en Belgique, l'ancien militaire avait donné le nom de trois cadres qui auraient touché des pots-de-vin sur des comptes en Suisse ou au Liechtenstein.
L'affaire s'emballe alors lorsque des rumeurs impliquent la Chine, qui se défend d'accusations "inacceptables".
En fait, tout était faux. Mais la carrière des cadres de Renault, jusqu'alors considérés comme des salariés modèles, est laminée. En janvier 2011, ils sont licenciés. Carlos Ghosn se rend sur le plateau du 20 heures de TF1 pour les accabler.
Fait troublant relevé par le parquet, la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur, ancêtre de la DGSI) a été écartée de l'enquête. Ce n'est que lorsque le licenciement des trois cadres est rendu public que la DCRI et le gouvernement (alors actionnaire de Renault à hauteur de 15%) seront enfin alertés.
En moins d'un mois, la DCRI démontrera qu'aucun des trois cadres mis en cause n'a jamais eu de comptes bancaires à l'étranger et que la prétendue affaire d'espionnage industriel a été montée de toutes pièces.
En mars 2011, Carlos Ghosn revient sur le plateau du 20 heures pour présenter ses "excuses".
A l'occasion de cette affaire, d'autres cadres de Renault ont révélé avoir été licenciés sur la base de dénonciations anonymes.
Depuis, les trois mis en cause ont été indemnisés par le constructeur. Deux ont quitté Renault, le troisième y est resté.
Plusieurs dirigeants de la marque au losange, dont son ex-numéro 2 Patrick Pélata, ont démissionné à la suite de cette affaire.
Quant à Dominique Gevrey, il avait été interpellé en mars 2011 alors qu'il s'apprêtait à s'envoler pour la Guinée. Il a passé huit mois en détention provisoire.
O.Ortiz--AT