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Argentine: première poussée de tension pour la présidence Milei
Grève générale, manifestation de masse, tractations au Parlement, pression (de nouveau) sur le change : l'Argentine connait la première poussée de tension de la présidence ultralibérale de Javier Milei, qui mesure les résistances sur plusieurs fronts.
- Le bras-de-fer de la rue -
L'heure est aux bras de fer et intimidations : le plus grand syndicat, la CGT (7 millions revendiqués) et des mouvements de gauche préparent une grève générale et manifestation "massive" mercredi contre les réformes dérégulatrices de M. Milei. Un record argentin de précocité pour une grève générale, au 45e jour d'un gouvernement.
L'exécutif a instauré une ligne téléphonique gratuite anonyme pour dénoncer les "menaces et pressions" syndicales exercées sur les commerçants, ou travailleurs, pour participer à la grève. "N'ayez pas peur, nous vous défendrons". Stigmatisée comme un appel "maccarthyste" à la délation, la ligne a reçu 53.300 appels, a assuré lundi le porte-parole présidentiel.
Le gouvernement affirme qu'il décomptera un jour de salaire aux fonctionnaires en grève. Et fera passer aux syndicats la facture du dispositif policier, comme après les manifestations fin décembre. Amendes totalisant 56 millions de pesos (65.000 dollars) que les syndicats sereins assurent qu'ils "ne paieront jamais".
La multitude sera "incontrôlable" a mis en garde la CGT face à la détermination du gouvernement à empêcher les blocages d'axes de circulation. "Personne ne fera bouger les travailleurs, que ce soit des amendes ou des policiers en nombre dans la rue".
- Un décret très en "cour" -
Le Décret de nécessité et urgence (DNU), "méga-décret" publié en décembre par M. Milei et qui pose le cadre d'une dérégulation massive en abrogeant ou modifiant plus de 300 lois, est l'objet d'une pluie de recours en justice.
Plus de 60 ont déjà été déposés arguant de l'inconstitutionnalité du DNU (par des syndicats, chambres de métiers, collectivités, etc) et 10 de ses 14 chapitres sont visés par de tels recours. L'un (le chapitre "Travail)" a été suspendu dans l'attente d'un examen législatif de fond. La Cour suprême devra se prononcer, et plusieurs constitutionnalistes sondés par l'AFP jugent "impossible" que le DNU passe l'examen.
La balle est au Parlement, où l’exécutif fait le forcing pour faire approuver l'autre étage de la fusée ultralibérale: la "loi omnibus" aux plus de 660 dispositions, affectant tous les domaines des sphères publique et privée : fiscal, électoral, régime du travail, retraites, éducation, etc. L'opposition de centre-droit est prête à accompagner certaines, d'autres pas, ou pas tout de suite.
"On ne cède sur rien, on accepte des améliorations", claironne M. Milei. La session extraordinaire prévue jusqu'au 31 janvier a d'ores et déjà été prolongée au 15 février.
- Toujours populaire, mais -
Plusieurs sondages récents renvoient une image ambivalente de M. Milei dans l'opinion. Dans l'ensemble, un soutien stable (entre 47% et 55% d'approbation ou d'image positive) pour "l'outsider" élu avec 55,6 % des voix.
Mais l'accueil de ses réformes tous azimuts est très contrasté. De l'approbation massive (divorce simplifié, universités plus chères pour les étrangers, suppression des élections primaires) au fort rejet (super-pouvoirs délégués à l'exécutif au nom de +l'urgence économique+, privatisations, réforme de l'actualisation des retraites).
M. Milei lui, s'agace de ces "deux Argentine", en l'occurrence "celle du passé et de la décadence" qui manifestera mercredi. Et tweete, beaucoup. En prenant à partie des journalistes "menteurs", que ce soit sur un article qui lui avait déplu sur son accueil à Davos, ou pour démentir que ses chiens chéris soient déjà installés à la présidence (un chenil y est en cours d'aménagement).
- L'ombre d'une (autre) dévaluation -
La brutale dévaluation (plus de 50%) mi-décembre d'un peso surévalué depuis longtemps a porté le coup de grâce au pouvoir d'achat, qu'une inflation record depuis 30 ans, avait déjà asséché au long de 2023 (211% au final).
Mais le bol d'air censé accompagner la dévaluation est déjà évaporé. "Ce qui s'est gagné en compétitivité se perd avec l'inflation", et avec des taux d'intérêt loin derrière l'inflation, "tout placement en pesos est perdant. Qui peut se couvrir se couvre, et c'est en dollars", estime pour l'AFP l'économiste Martin Epstein.
Du coup ce dollar "refuge", le change parallèle qui mesure l'anxiété ambiante, s'envole de nouveau (1.235 pesos pour un dollar, contre 868 au taux officiel). Et marchés -et Argentins- s'attendent à une nouvelle dévaluation dans les mois à venir. Celle de trop ?
"La conflictualité sociale se compliquera en mars", a pris date précisément Pablo Moyano, co-dirigeant de la CGT, en prédisant l'impact alors cumulé de la hausse des fournitures scolaires (ce sera la rentrée), et de l'essence, des aliments, des transports...
R.Lee--AT