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Jugé pour fraudes, Trump fait de son procès une tribune politique contre Biden
Donald Trump a une nouvelle fois transformé jeudi son procès civil pour fraudes financières en tribune politique, dénonçant une "ingérence électorale" qui serait "orchestrée" par "l'escroc Joe Biden", à quatre jours du début des primaires républicaine dont il est le grand favori.
L'ancien locataire de la Maison Blanche (2017-2021) qui rêve d'y retourner est accusé avec ses fils Eric et Donald Jr d'avoir gonflé de manière colossale durant les années 2010 la valeur des gratte-ciel, hôtels de luxe ou golfs au coeur de leur empire, la Trump Organization, pour obtenir des prêts plus favorables des banques et de meilleures conditions d'assurance.
La procureure générale de l'Etat de New York Letitia James, qui a porté plainte au civil à l'automne 2022 pour fraudes financières, leur réclame 370 millions de dollars de dédommagements, mais le procès menace aussi de retirer à la famille Trump le contrôle de ses actifs immobiliers.
En retournant jeudi au tribunal pour les plaidoiries finales, Donald Trump, 77 ans, a une nouvelle fois tonné devant la presse contre une "ingérence politique", une "chasse aux sorcières" et un "procès très injuste".
"Mes affaires judiciaires, qu'elles soient civiles ou pénales, ont toutes été montées par Joe Biden, l'escroc Joe Biden", a lancé le milliardaire après l'audience, dans une déclaration à la presse à son "Trump Building" un gratte-ciel historique de Wall Street à Manhattan.
"Ils le font pour interférer avec les élections", a-t-il encore accusé.
A l'audience, le favori des primaires du Parti républicain, qui commencent lundi dans l'Iowa (Midwest), voulait assurer lui-même sa plaidoirie.
Une demande refusée par le juge Arthur Engoron qui redoutait "un discours de campagne" dans le prétoire. Finalement, le magistrat a autorisé Donald Trump à développer quelques arguments et il en a profité pour attaquer la procureure Letitia James, une magistrate afro-américaine élue du Parti démocrate.
- Erreurs ou fraude -
"Ils veulent s'assurer que je ne gagne plus jamais (les élections). Elle (la procureure générale) déteste Trump... et si je ne peux pas en parler, cela me cause du tort", a-t-il lancé.
Le juge a tenté de l'interrompre, mais M. Trump lui a rétorqué: "Vous poursuivez votre propre objectif, vous ne pouvez pas écouter plus d'une minute".
Depuis que le procès a commencé le 2 octobre, le milliardaire et tribun a tempêté contre la justice à chacune de ses venues au palais de justice de Manhattan, dénonçant un "procès digne d'une république bananière".
Ses avocats plaident un dossier selon eux juridiquement vide.
L'un d'eux, Chris Kise, a bien reconnu de possibles erreurs "non intentionnelles" dans les déclarations financières de son client mais sans qu'il faille "conclure à une fraude".
Or, pour l'accusation, "la myriade de stratagèmes trompeurs utilisés pour gonfler la valeur des actifs et dissimuler des faits était si scandaleuse qu'elle ne peut s'expliquer de manière innocente", selon une note avant l'audience.
- "Pas de dictateur" -
Signe du climat ultra tendu, la police du comté de Nassau, sur la péninsule de Long Island à l'est de New York, a confirmé que le domicile du juge Engoron avait fait l'objet jeudi à l'aube d'une menace infondée d'alerte à la bombe.
Devant le palais de justice, sous la surveillance d'un hélicoptère, quelques manifestants ont chanté "pas de dictateur aux Etats-Unis".
Lors du procès, Donald Trump s'en était pris violemment à l'équipe du juge, à la procureure générale, et le magistrat lui a imposé deux amendes d'un total de 15.000 dollars.
Contrairement aux procès pénaux qui l'attendent cette année, dont celui pour ses manoeuvres présumées visant à inverser le résultat de la présidentielle de 2020, Donald Trump ne risque pas la prison dans cette affaire civile.
Mais il joue gros.
Avant même le procès, le juge Engoron avait déjà estimé fin septembre que l'accusation présentait "des preuves concluantes qu'entre 2014 et 2021, les prévenus ont surévalué les actifs" du groupe de "812 millions (à) 2,2 milliards de dollars" selon les années, dans les documents financiers de Donald Trump.
En conséquence de "fraudes répétées", il avait ordonné la liquidation des sociétés gérant ses actifs, comme la "Trump Tower" sur la 5e Avenue ou le "Trump Building".
Des mesures suspendues toutefois en appel.
Le procès porte sur d'autres délits, comme des fraudes aux assurances, et sur les pénalités financières réclamées par le parquet général de New York, qui demande dorénavant 370 millions de dollars, loin des 250 millions de la plainte de 2022.
Il reste au juge Engoron à clore les débats et à déterminer le montant du préjudice et des réparations. Sa décision sera rendue d'ici au 31 janvier.
W.Moreno--AT