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En Chine, miser sur les villes oubliées pour faire une bonne affaire immobilière
Pour acheter un appartement pas cher, Fontana Fang a dû partir le chercher loin: c'est dans le nord de la Chine, près de la frontière russe, qu'elle a trouvé son bonheur... à 4.000 kilomètres de chez elle.
Dans les grandes villes chinoises, "à moins d'être issu de l'élite, je ne vois pas comment les jeunes peuvent gagner suffisamment pour s'acheter une maison", soupire cette femme de 29 ans, qui travaille dans le marketing.
Comme elle, nombre de jeunes effrayés par les prix de l'immobilier choisissent d'acheter dans les régions industrielles reculées et en déclin, où devenir propriétaire est encore possible.
Fontana vit à Canton avec son mari et leurs deux enfants, mais l'appartement appartient aux parents du couple.
Dans cette mégapole de 15 millions d'habitants du sud du pays, le mètre carré dépasse généralement les 100.000 yuans (12.400 euros), un tarif inaccessible pour beaucoup.
Mais l'hiver dernier, Fontana a découvert Hegang, ville minière du nord-est où les températures avoisinaient alors les moins 20 degrés.
Dans cette commune de taille plus modeste (1,4 million d'habitants), le couple n'a eu qu'à débourser 40.000 yuans (5.000 euros) pour un appartement au dernier étage avec un balcon couvert et une vue imprenable sur les collines.
Leur projet? Le rénover pour en faire leur résidence secondaire, quand ils voudront échapper aux étés étouffants de Canton.
"J'ai été incroyablement surprise. Je ne m'attendais pas à pouvoir acheter un logement pour si peu", se réjouit Fontana.
- "Ne rien faire" -
Des villes comme Hegang, la Chine en compte des centaines, au riche passé industriel mais désormais oubliées.
C'est le cas de Fuxin, dans la province du Liaoning (nord-est), ou encore Rushan, dans le Shandong (est), qui ont vu leur population décliner depuis les années 1980, alors que les réformes du gouvernement déplaçaient le centre de gravité économique de la Chine vers les côtes du sud et de l'est.
Hegang, elle, a perdu 15% de ses habitants entre 2010 et 2020, selon les chiffres officiels.
Désormais ces villes sur le déclin intéressent la jeune génération, attirée par leurs bas prix de l'immobilier et leur style de vie détendu et abordable.
Un jeune qui s'est offert un appartement pour 68.000 yuans à Gejiu, cité minière du Yunnan (sud-ouest), confie à l'AFP l'avoir fait "surtout pour ne rien avoir à faire".
Il fait référence à l'attitude dite "tang ping" (littéralement, "s'allonger à plat"), une contre-culture apparue ces dernières années en Chine qui incite les jeunes à en faire le moins possible et à rejeter les pressions sociales liées au travail.
Les dirigeants du Parti communiste au pouvoir ont vivement critiqué ce mouvement, le jugeant contraire aux valeurs du travail dur et de l'innovation.
Le nouveau propriétaire de Gejiu, qui s'exprime sous couvert d'anonymat, dit lui n'avoir "même pas encore pensé au travail" depuis qu'il s'est installé: "Je vais rester ici, vivre sur les quelques économies que j'ai, et trouver un travail temporaire dans une grande ville quand je n'en aurai plus".
- "La mode va passer" -
Lors d'une récente visite d'une équipe de l'AFP à Hegang, des vendeurs de rue proposaient des fruits, des légumes ou des biscuits pour l'équivalent de quelques centimes, pendant que des retraités jouaient aux cartes devant leurs maisons.
"Il y a quelque chose de spirituel dans ce rythme plus lent", observe Kathy Cato, 28 ans, qui vient d'acheter elle aussi un appartement à Hegang.
"Dans les villes (plus riches), on ne parle que de travail et d'affaires toute la journée", ajoute la jeune femme, qui a habité auparavant à Xi'an et Zhengzhou, deux grandes villes du centre.
"Mais ici, les gens ne font pas trop ça, car de toute façon la probabilité de gagner beaucoup d'argent est assez faible".
Hegang avait connu la fortune avec les mines de charbon, mais désormais ses finances sont exsangues: la municipalité peine à rembourser ses dettes et le gouvernement est venu à son secours via une "restructuration" en 2021.
La mesure a permis d'éviter la faillite mais la ville paie régulièrement en retard ses employés, selon un administrateur local.
Pour Shen Wenxin, originaire de Hegang où il vient de se réinstaller pour ouvrir un café, "plus il y a de gens qui viennent, mieux c'est".
"Mais ils ne représentent qu'une infime portion de l'économie", ajoute-t-il.
D'autres habitants contactés par l'AFP doutent aussi de la capacité de la ville à trouver une deuxième jeunesse avec les nouveaux-venus.
Max Chu a elle quitté Hegang pour Pékin quand elle est allée à l'université. Elle travaille dans la capitale et n'a désormais aucune envie de rentrer.
"Au bout d'un moment, la mode (d'aller dans ces villes industrielles, ndlr) va passer", prédit-elle, "les gens vont les oublier".
G.P.Martin--AT