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A Nantes, une soufflerie géante pour tester des bâtiments à l'épreuve du climat qui change
Poussée par le souffle mugissant d'énormes ventilateurs, une averse frappe presque à l'horizontale un cabanon de bois. La pluie fine et drue, qui simule une ondée tropicale, détrempe rapidement le petit bâtiment.
Ce jour-là, à Nantes, les tuiles taillées dans d'épaisses planches de pin, passent un essai d'étanchéité dans la soufflerie du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), l'une des seules en Europe capables de tester des éléments de bâtiments à taille réelle pour les confronter à des intempéries grandeur nature et aux effets du changement climatique.
"Nous testons la tenue à l'eau de la toiture", explique Nicolas Couillaud, chef de projet à la soufflerie Jules Verne du CSTB de Nantes, établissement public (EPIC) qui travaille aussi bien pour les industriels que pour les pouvoirs publics.
L'essai dure 90 minutes au total, à raison de 200 ml d'eau par heure, "une bonne averse". "Aucune pluie ne doit rentrer à l'intérieur", prévient-il.
- "Testeur de pluie" -
Equipé d'un ciré et de bottes, le "testeur de pluie" entre dans le cabanon. Aucune goutte d'eau ne perle, aucun écoulement sur la face intérieure des tuiles. "Cette toiture est étanche à la pluie", tranche M. Couillaud.
Un industriel polynésien a demandé ces essais (payants). Il souhaite produire des tuiles à partir du pin des Caraïbes, abondant localement et pouvant être exploité de façon durable. Son but: réduire les importations de matériaux de construction en Polynésie et ainsi les émissions de CO2.
"Le changement climatique nous impose de chercher de nouvelles solutions, de chercher à valoriser des matériaux innovants locaux, biosourcés ou issus du recyclage", explique M. Couillaud. A condition qu'ils respectent les sévères normes de la construction en France.
Le CSTB nantais évalue beaucoup de toitures. D'autres sites mettent à l'épreuve les façades ou les isolations. D'autres encore évaluent les ciments ou bétons décarbonés avant leur autorisation de mise sur le marché.
Le centre travaille sur l'atténuation des effets du changement climatique. Il s'agit de déterminer la manière dont le secteur du bâtiment, responsable à lui seul de 18% des émissions françaises de gaz à effet de serre, peut participer à la réduction des émissions globales.
Les techniciens travaillent aussi sur l'adaptation au réchauffement climatique, par exemple l'amélioration de l'isolation de l'habitat face aux canicules estivales.
- Îlots de chaleur -
Et il y a urgence. Selon un récent rapport parlementaire, l'aggravation de la fréquence et de l'intensité des sécheresses coûte de plus en plus cher aux assurances en France: 1 milliard d'euros par an depuis 2016, contre 500 millions en moyenne entre 2000 et 2015.
Les sols argileux se tassent lors des épisodes de sécheresse et gonflent avec l'humidité, un phénomène qui peut faire apparaître des fissures sur les bâtiments aux fondations peu profondes, typiquement les maisons individuelles, occasionnant des travaux très coûteux.
Sur les 19,4 millions de maisons que compte la France, 10,1 millions sont exposées au risque argileux, dont 3,1 millions fortement, selon le rapport qui préconise de faire payer les constructeurs pour les fissures apparaissant dans les 10 ans suivant l'édification des maisons.
Au CSTB de Nantes, "avec 2 MW de puissance frigorifique disponible, nous pouvons varier les températures et atteindre des extrêmes, de -32 degrés jusqu'à +55 degrés, pour nos tests", explique Julien Rogé, directeur du centre.
En matière de vent, la soufflerie atteint jusqu'à 280 km/heure, "soit bien au-delà de toutes les grandes tempêtes qu'on a connues ces dernières années qui tournaient autour de 200 km/h", comme celle de 1999, relève-t-il.
Sous tous les climats possibles, le centre teste ainsi lampadaires, mobilier urbain, éoliennes, pergolas, panneaux photo-voltaïques, toitures terrasses végétalisées ou de simples tuiles.
Outre la pluie, la neige, la grêle, des tempêtes de sable ou de poussière sont simulées.
Pour le chapitre atténuation, le CSTB nantais envisage désormais de lancer des études sur les îlots de chaleur urbains, c'est-à-dire les renvois de la chaleur accumulée par le bitume et le béton, qui accentuent la hausse des températures en ville en été. Il s'agira d'évaluer leur interaction avec les îlots végétalisés, voire les forêts urbaines, un concept cher notamment à la mairie de Paris.
H.Gonzales--AT