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Le Festival de Cannes divise avec le retour contesté de Johnny Depp
Premier jour et première polémique: le come-back de Johnny Depp, attendu mardi soir sur le tapis rouge pour l'ouverture du Festival de Cannes, suscite une levée de boucliers de féministes, qui dénoncent la réhabilitation d'une star contestée.
Banni des plateaux de tournage américains depuis les procès qui l'ont opposé à son ex-épouse Amber Heard sur fond d'accusations de violences conjugales, l'acteur de 49 ans revient par la grande porte, pour la présentation de "Jeanne du Barry", de Maïwenn.
Interrogé sur le choix du film en ouverture, le délégué général du Festival, Thierry Frémaux, a souligné s'intéresser à Depp "comme acteur", auquel rien n'interdisait de tourner, et dont la prestation est "extraordinaire". "Je n'ai qu'une seule conduite dans la vie, la liberté de penser, de parler, d'agir dans le cadre de la loi".
Johnny Depp a finalement remporté le procès pour diffamation qui s'est tenu aux Etats-Unis, mais l'actrice a dû subir un torrent d'attaques misogynes.
- "Sentiment d'impunité" -
Interrogée par l'AFP sur sa décision d'embaucher Johnny Depp, Maïwenn a expliqué avoir tourné "l'été dernier, (alors qu'il) sortait de son deuxième procès. J'avais plein d'inquiétudes, je me disais: qu'est-ce que son image va devenir ?".
De fait, le retour de l'acteur dans l'écrin de la Croisette est lu par certains comme une forme de réhabilitation, qui écœure des associations œuvrant pour l'égalité des sexes et contre les violences dans le cinéma.
"Comment comprendre le choix (...) du Festival de choisir ce film, précisément, pour son ouverture ? Le sentiment d’impunité qui en ressort nous glace", ont dénoncé plusieurs collectifs comme 50/50, le Lab Femmes de cinéma ou 1.000 visages.
Des acteurs et actrices, dont Julie Gayet et Laure Calamy, ont également pris la parole, dans une tribune à Libération, dénonçant un Festival de Cannes qui déroule "le tapis rouge aux hommes et femmes qui agressent", en référence à Johnny Depp et à Maïwenn - cette dernière ayant récemment agressé le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, dans un restaurant.
"Le Festival envoie le message que (...) la violence est acceptable dans les lieux de création", ajoutent-ils dans ce texte également signé par Swann Arlaud (à l'affiche de "Anatomie d'une chute" de Justine Triet, en compétition).
- Catherine Corsini -
Leur incompréhension est plus générale, six ans après le début du mouvement #MeToo, et alors qu'un lent rééquilibrage entre les sexes semble à l'œuvre dans une industrie dominée depuis toujours par les hommes.
Le Festival lui-même présente un jury paritaire et, cette année, un nombre record de sept réalisatrices en lice pour la Palme d'or, sur un total de 21 films en compétition.
Interrogée en conférence de presse sur la présence de Johnny Depp, l'actrice Brie Larson, membre du jury, a esquivé la question. Très engagée dans #MeToo, elle s'était fait remarquer en 2017 sur la scène des Oscars en refusant d'applaudir l'acteur Casey Affleck, accusé de harcèlement sexuel.
Au-delà de Depp, la présence dès le premier jour de la compétition, mercredi, du dernier film de Catherine Corsini, "Le Retour", fait grincer des dents. Ce long-métrage s'est vu retirer ses aides publiques car une scène explicitement sexuelle, simulée, impliquant une actrice de moins de seize ans, n'avait pas été déclarée comme il se doit.
Par ailleurs, le climat sur le tournage a conduit l'instance paritaire du cinéma, chargée des conditions de travail, à dépêcher une enquête et rédiger un rapport, une procédure rare. La réalisatrice a démenti tout soupçon de harcèlement.
"Faire le choix de ce film envoie un message très clair: les violences morales, sexistes et sexuelles ne sont pas un sujet pour le Festival de Cannes", s'est indignée la CGT Spectacle.
A.O.Scott--AT