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Istanbul trouve sa place sur la carte mondiale de la gastronomie
"Türk". Avec un tel nom, le chef Fatih Tutak affiche la couleur à l'entrée: "Chez moi, on sait tout de suite où on est".
Avec les deux étoiles attribuées à son restaurant dès la première édition du Guide Michelin d'Istanbul, la mégapole turque trouve enfin sa place sur la carte mondiale de la gastronomie.
Cette bible des gourmets a distingué mardi cinq restaurants, dont quatre ont accroché une étoile, et 53 "adresses recommandées" pour leur excellent rapport qualité-prix - un avantage en pleine crise économique et inflationniste (+ de 83%) - "illustrant la richesse de la scène culinaire".
Pour Fatih Tutak, doublement couronné, c'est l'occasion de montrer que "la cuisine turque ne se réduit pas au kebab", sourit-il.
"La cuisine turque est multiculturelle, la Turquie a accueilli de nombreuses civilisations: je veux présenter plus que ce qu'on connait, introduire nos terroirs".
Après seize années à se frotter aux grands chefs étoilés d'Asie comme Paul Pairet à Singapour ("Ultraviolet"), ou René Redzepi à Copenghague ("Noma"), Fatih Tutak est rentré chez lui pour ouvrir "Türk", en 2019.
Un choix d'épure, meubles de bois clair et bocaux de pickles alignés le long des murs sous les bouquets séchés au plafond. Et, surtout, vue panoramique sur la cuisine, largement ouverte sur la salle.
Seuls les produits locaux ont droit de cité pour une gastronomie de saison et même de "micro-saison".
"On va au marché trois fois par semaine et on choisit nous-mêmes les légumes. En ce moment, on profite des tubercules et des champignons matsutaké, supérieurs à la truffe à mon goût" - il en fait même un "dessert de Schtroumpfs" qui le fait beaucoup rire.
Produit à Adana (sud), ce champignon considéré comme "l'or blanc" des forêts de pins japonaises - et dont le prix peut atteindre des sommets - exale un parfum de terre épicée, suave et capiteux.
Chez Türk, le menu d'une dizaine de plats change au minimum chaque mois.
- Saveurs acides et fumées -
Entre la Méditerranée et l'Asie centrale, la Mer Egée et les plateaux d'Anatolie, la géographie turque offre un large éventail de produits dont le chef veut tirer parti, quitte à les inscrire à sa carte pour deux ou trois semaines.
Ce sera le sort du sorbet de raisins Isabella, "au goût de bubble gum", précise l'oeil gourmand son second, Ogun Koca, chef déjà capé dédié à l'innovation.
L'équipe, une vingtaine de personnes - et quatre jeunes en formation - veut aussi s'amuser.
"J'ai 37 ans et je suis le plus jeune", relève Fatih Tutak dont la blouse "à la française" - boutonnée sur l'épaule - dissimule à peine la pointe du long couteau tatoué sur son avant-bras gauche.
Alors qu'il prend la pandémie en peine figure, moins d'un an après l'ouverture de "Türk", le chef garde sa brigade et, surtout, ses producteurs: "si on les laissait tomber, ils allaient disparaitre".
Il met à profit ce temps suspendu pour revisiter les méthodes traditionnelles de la cuisine locale: sécher, fermenter, mettre en conserve, travaille les saveurs acides et fumées - sa signature, comme cette mini-prune en pickles, servie en amuse-gueule.
Chez "Türk", "le but n'est pas d'éblouir, mais de donner à goûter", assure le critique Vedat Milor qui loue sur son blog le "sens de la recherche" du chef et le sérieux de son travail.
Pour le directeur de Michelin international Gwendal Poullennec, la cuisine de Fatih Tutak mêle "tradition, innovation, inspiration et imagination": "à l’image de ce que peut proposer Istanbul".
Il souligne aussi "l'extrême jeunesse" des chefs récompensés, "porteurs d'avenir".
Dernier détail: chez "Türk", les vins aussi sont à 70% turcs et la clientèle, locale pour moitié. Tutak y tient, comme un gage de confiance.
Ch.Campbell--AT