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Cinq ans après, l'initiatrice de #balancetonporc recommencerait "sans hésiter"
Si c'était à refaire, Sandra Muller, l'initiatrice de #balancetonporc, affirme qu'elle recommencerait "sans hésiter". Cinq ans après ce mouvement, équivalent français du #MeToo, et malgré les procès et le lourd tribut psychologique qu'elle dit avoir payé, la journaliste estime que les choses "progressent" et que cela en valait la peine.
"Ça a complètement ruiné cinq ans de ma vie", dit-elle dans un entretien avec l'AFP.
Mais "quand on a les moyens de faire changer une société pour installer de meilleures règles, de meilleures lois", "sans le calculer, sans l'anticiper", "oui, c'est une satisfaction", ajoute-t-elle.
- "Responsabilité" -
En octobre 2017, Sandra Muller vit déjà à New York. Le 5, sort l'article du New York Times sur les accusations de harcèlement sexuel contre le puissant producteur de cinéma Harvey Weinstein. "Je me suis mise à lire avec frénésie tout ce qu'il y avait sur le sujet, en ne pouvant pas m'empêcher de faire des parallèles avec notre milieu", le journalisme, raconte Sandra Muller, 51 ans.
A force d'"avaler tous les témoignages pendant quasiment une semaine", croît le sentiment qu'elle a une responsabilité: "On est journalistes, on doit désigner", dit-elle avoir pensé à l'époque.
Alors le 13 octobre 2017, soit deux jours avant le fameux tweet de l'actrice Alyssa Milano qui fera exploser le #MeToo à travers le monde, elle écrit quelques mots, appuie sur "tweeter".
"#balancetonporc!! toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèlent (sic) sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends".
Puis quelques heures plus tard, elle publie un autre tweet, dans lequel elle cite des propos tenus par l'ancien patron d'une chaîne télévisée, Eric Brion, dans un "cadre totalement professionnel": "Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit".
Le mouvement #balancetonporc est lancé. A sa suite, une avalanche de témoignages, des polémiques, des remises en question et des procès.
Eric Brion a reconnu des "propos déplacés" et s'est excusé; mais affirmant faire l'objet d'un "amalgame entre drague lourde et harcèlement sexuel", et déplorant les conséquences pour sa propre vie personnelle et professionnelle, il l'attaque et obtient gain de cause en première instance: Sandra Muller est condamnée pour diffamation.
En appel toutefois, la justice reconnaît à la journaliste "le bénéfice de la bonne foi", et la Cour de cassation le confirme.
- "Sorcière" -
Pendant ces presque cinq ans, ce fut souvent "violent", affirme Sandra Muller. Accusée d'avoir jeté en pâture le nom d'un homme, elle défend sa parole.
"Je n'ai jamais dit qu'Eric Brion était un violeur", dit-elle. Mais il faut "dégommer" ce qui est considéré comme "le plus bas niveau" de l'agression, à savoir les agressions verbales, pour espérer lutter contre les violences physiques, soutient-elle.
Tout le monde n'est pas de cet avis. "J'ai subi des attaques aussi bien virtuelles que réelles. J'étais l'affreuse sorcière qui avait osé parler", dit la journaliste de la Lettre de l'audiovisuel, en évoquant les trolls sur les réseaux sociaux, le contrecoup sur sa vie privée --des "réactions de rejet", une famille inquiète-- comme professionnelle.
"C'est difficile de retrouver la vie d'avant, je commence à peine", ajoute-t-elle.
"J'ai perdu du travail(...). Un jour j'ai demandé à une grande radio (..) si je pouvais faire des piges, on m'a répondu +on ne peut pas faire travailler madame #balancetonporc+".
Dernièrement, les piges reviennent, doucement, explique-t-elle.
Et malgré les difficultés, elle juge que le bilan, cinq ans plus tard, en vaut la peine.
#balancetonporc, #MeToo, "ça a quand même fait progresser la société", affirme-t-elle, citant la libération de la parole, les mesures prises dans les entreprises.
Avant, beaucoup des personnes s'adonnant à du harcèlement ou pire "pouvaient avancer en toute impunité, faire ce qu'elles voulaient avec un silence général organisé, des appuis considérables". Aujourd'hui, "ces personnes-là vont réfléchir à deux fois avant de venir agresser", veut-elle croire.
Certes, la question de la prescription des faits en France reste "centrale" et "il y aura toujours plus de lois à faire, plus de mobilisation, d'éducation" notamment des garçons.
"Mais je pense quand même qu'en cinq ans on a bien évolué quand on compare aux 40 dernières, non?", lance-t-elle.
E.Flores--AT