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"Optimiser" son corps grâce aux peptides: des produits interdits et une tendance risquée pour la santé
BPC-157, TB-500, GHK-Cu, Retatrutide: ces molécules, des peptides, ont déferlé sur les réseaux sociaux, où de jeunes férus de musculation témoignent de prétendus effets miraculeux sur leur corps, omettant les risques pour la santé de ces produits interdits.
21h30. L'alarme du téléphone de Thomas (prénom modifié) retentit. L'heure où ce jeune homme de 21 ans, adepte du bodybuilding, commence ses injections.
Il sort du réfrigérateur des fioles de GHK-Cu -"pour avoir une belle peau"- et de Retatrutide -"pour moins sentir la faim"-, désinfecte aiguilles et seringues, reconstitue les peptides à l'aide d'eau bactériostatique, puis se pique dans le bas du ventre.
"C'est comme ça tous les jours pour le GHK-Cu, trois fois par semaine pour le Retatrutide. Ça demande une petite organisation mais c'est devenu une routine", décrit à l'AFP cet habitué de la salle de sport, six jours sur sept.
Ces molécules - les peptides - sont de petites chaînes d'acides aminés qui, en s'assemblant, forment les protéines de notre organisme.
Reproduits en laboratoire, ils servent de principes actifs à des médicaments connus, comme l'insuline ou certains traitements anti-obésité de type GLP-1.
Depuis plusieurs mois, de nombreux peptides synthétiques, interdits mais en vente sur certains sites, sont promus par des influenceurs et dans des salles de musculation pour perdre de la graisse, gagner du muscle ou mieux récupérer.
-Preuves limitées-
Thomas, déjà consommateur de stéroïdes, a été initié aux peptides par des "connaissances", il y a six mois. Il s'injecte aussi parfois du Selank, pour "gérer l'anxiété", et vante le BPC-157, pour "aider à réparer les ligaments".
Ces peptides ne disposant pas d'autorisation de mise sur le marché en France, aucune recommandation officielle n'encadre leur usage. Certains de ceux autorisés comme médicaments sont parfois détournés.
Sur des forums de discussion comme Reddit ou Discord, des communautés de plusieurs centaines de personnes -des hommes essentiellement- échangent leurs conseils de dosage et de cadence d'injection.
"Tu lis les études, tu regardes les tests de laboratoire et tu vois tous les effets positifs", avance Thomas, selon lequel les risques sont "rares et pas graves".
Mais les connaissances restent limitées car ces molécules "n'ont souvent pas été testées chez l'humain", affirme à l'AFP Armelle Rancillac, chercheuse en neurosciences à l'Inserm.
Dans une note publiée début 2026, l'institut rapporte qu'à ce jour, "aucun essai clinique de grande ampleur, randomisé et contrôlé, mené chez l'humain, n'a confirmé" les "effets" promis, et que certains peptides présentent "des risques bien réels pour la santé".
"On ne laisse pas le temps à la recherche de faire ses preuves" et on donne foi à des témoignages d'auto-expérimentation "qui ne valent rien scientifiquement", déplore Mme Rancillac.
L'agence de sécurité du médicament (ANSM) dit avoir déjà reçu une "dizaine de signalements", dont des hospitalisations, liés à l'utilisation de peptides illégaux.
Achetés en ligne, ces produits échappent au circuit pharmaceutique contrôlé et leur composition ou concentration ne sont donc pas garanties.
-"Sonner l'alerte"-
L'AFP a identifié plusieurs sites basés à l'étranger -Suisse, Hongrie...- en commercialisant en France.
La plupart indiquent que les produits sont destinés "à la recherche préclinique" et pas approuvés "pour l'usage humain". Simple "artifice", dénonce l'ANSM, puisque de nombreux consommateurs s'y fournissent.
L'Observatoire des médicaments au sein de la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières constate "une explosion de la diversité des peptides" en circulation et "assez peu d'efforts de dissimulation".
S'il est difficile de quantifier le nombre d'amateurs de peptides, il existe "une configuration plutôt favorable à la diffusion de ces consommations", suffisante pour "sonner l'alerte", estime Fabien Ohl, sociologue du sport à l'Université de Lausanne.
Il évoque une perception du corps "comme un capital" à valoriser, et une "vision biologisante" de l'homme, qui pourrait "améliorer" son physique "grâce aux sciences" et à "la consommation de substances chimiques".
L'un des sites commercialisant des peptides promet ainsi de fournir "l'architecture chimique pour ceux qui visent l'optimisation biologique absolue". Sur les réseaux sociaux, des experts autoproclamés vendent aussi leurs "protocoles" censés aider les hommes à "optimiser" leur physique.
Selon le sociologue, cette tendance traduit également la vision d'une masculinité définie par "le muscle et la force" et normalisant "le mâle biologique, potentiellement plus violent, plus agressif", ce qui peut "poser des problèmes", notamment sur les rapports de genre.
A.Ruiz--AT