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Xenia Fedorova, la Russe que la France veut expulser
La Russe Xenia Fedorova, visée mercredi par un arrêté d'expulsion, est accusée par l'Etat français d'être la voix du Kremlin. Mais les médias du groupe Bolloré, où elle a micro ouvert, la défendent en invoquant la "liberté d'expression".
"Son comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat" et sa présence sur le territoire "constitue pour ce motif une menace particulièrement grave et actuelle pour l'ordre public", est-il indiqué dans l'arrêté ministériel d'expulsion qui lui a été remis, selon le quotidien Libération.
Son avocat, Emmanuel Piwnica, a précisé à l'AFP qu'elle allait "immédiatement former un recours" contre cet arrêté.
Ancienne patronne de la chaîne d'Etat russe RT en France, cette femme de 45 ans est chroniqueuse sur CNews, Europe 1 et le JDNews, médias dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré. La polémique à son sujet s'était enflammée fin mai, après un article du quotidien Le Monde qui lui prêtait une influence grandissante sur l'homme d'affaires.
Pour le gouvernement français et le président Emmanuel Macron, Xenia Fedorova est une "propagandiste" du Kremlin. Des eurodéputés avaient réclamé des sanctions à son égard, et des questions avaient émergé sur le renouvellement de son titre de séjour en 2024, pour 10 ans.
De leur côté, les dirigeants de la galaxie Bolloré, à l'image des patrons de Canal+ Maxime Saada et Gérald-Brice Viret dans une tribune parue dans le JDD en mai, font toujours bloc pour la défendre, en invoquant "liberté d'expression" et pluralisme des opinions.
Longue chevelure brune, teint diaphane, voix fluette et français fortement teinté d'accent russe, elle est aujourd'hui salariée en CDI par les groupes Canal+ et Lagardère, selon des sources internes.
- "Parano" -
"En plateau, c'est ChatGPT: elle ressort les mêmes arguments en boucle", raconte quelqu'un qui la côtoie dans ses médias d'adoption.
Ses interventions sont marquées par des thèses récurrentes: selon elle, "c'est l'Occident qui a décidé de prolonger" la guerre en Ukraine et l'Europe est tentée d'"aller en guerre contre la Russie".
La même source décrit un fort pouvoir d'influence: "Elle rend tout le monde parano". Selon Le Monde, Xenia Fedorova a obtenu que le journaliste Victor Eyraud soit évincé d'Europe 1 et que le général Bruno Clermont le soit de CNews, où il était consultant. Motif: leurs positions lui auraient déplu.
Par le passé, elle a exercé de hautes responsabilités dans la chaîne d'Etat russe RT (Russia Today), ce qui n'est pas précisé quand elle passe sur CNews ou Europe 1. Vue comme un instrument de propagande, RT est interdite dans l'Union européenne depuis mars 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Fille d'une ancienne journaliste et d'un ingénieur spatial de l'armée soviétique mort quand elle était petite, Xenia Fedorova entre à RT à Moscou en 2005, aux débuts de cette chaîne en anglais à destination du public international, raconte-t-elle dans "Bannie", livre publié en 2025 chez Fayard, maison d'édition également dans l'orbite de Vincent Bolloré.
Elle y assure avoir choisi le journalisme plutôt que la diplomatie, convaincue que son "impact" serait "plus grand en exerçant cette profession". Et elle affirme avoir vécu comme une "blessure intérieure" la "manière biaisée, inexacte et parfois mensongère" dont les médias occidentaux décrivaient la Russie quand elle était adolescente.
- "Lapin dans les phares" -
En 2014, après un diplôme universitaire à Berlin, RT la sollicite pour ouvrir un bureau à Paris, où elle a vécu en 2004. Mais le projet est mis en pause.
En 2017, la patronne de RT, Margarita Simonian, la charge de lancer RT en français. RT France commence à émettre en décembre 2017 et disparaîtra en janvier 2023 après le gel de ses comptes bancaires.
"La Xenia que j'ai connue était charmante, elle m'a toujour
s laissé faire ce que je voulais", avait raconté à l'AFP le journaliste Frédéric Taddeï, qui a quitté cette chaîne juste avant l'invasion de l'Ukraine.
Ancien président du groupe public Radio France, Jean-Luc Hees a siégé au comité d'éthique de RT France et rencontré sa dirigeante "deux ou trois fois".
"Elle était comme un lapin dans les phares d'une voiture tellement elle avait peur d'un problème avec le CSA", l'ancêtre de l'Arcom, le régulateur de l'audiovisuel, juge-t-il.
Dans son livre, Xenia Fedorova jure n'avoir "jamais reçu de directives": "Les rumeurs selon lesquelles je recevais des appels du Kremlin, voire directement de Vladimir Poutine, étaient risibles".
Début juin après une réunion sur les ingérences étrangères aux élections, le Premier ministre avait distingué la "propagande" de la chroniqueuse de l'ingérence.
Sébastien Lecornu avait évoqué toutefois une "ligne rouge" à la prolongation de son titre de séjour, qui est de ne pas "porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation", et souhaité qu'une "contradiction" puisse être apportée à Xenia Fedorova quand elle s'exprime publiquement.
R.Chavez--AT