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Le documentaire sur les dernières années de Stan Lee dérange, selon son auteur
Passionné de bandes dessinées, Jon Bolerjack a commencé à filmer Stan Lee vers 2014, lorsqu'il avait plus de 90 ans, dans le but de retracer une journée dans la vie de la légende à l'origine de nombreux super-héros Marvel.
Mais il a fini par documenter les abus présumés subis par l'auteur, un récit qui résonne comme un avertissement pour une partie de l'industrie.
"Stan Lee : The Final Chapter", disponible en streaming ce mardi sur plusieurs plateformes, montre Stan Lee soumis à un emploi du temps exténuant durant ses dernières années, marqué par d'interminables séances de dédicaces et conventions.
Le documentaire recueille les témoignages de son entourage affirmant qu'il aurait été exploité par deux anciens managers, dont l'un a été inculpé en 2019 pour fraude, vol et détournement de fonds, un an après la mort du co-créateur de Spider-Man et Black Panther.
M. Bolerjack a assuré à l'AFP avoir subi des pressions directes et indirectes pour ne pas publier son film, de la part d'un ancien administrateur de la maison d'édition et d'entreprises dont il préfère taire le nom.
"Il y a le facteur de la honte : certains étaient au courant d'une partie de ce qui se passait, mais ont détourné le regard", a commenté l'auteur lors du Comic-Con de San Diego, grand-messe américaine de la culture pop où il a présenté son documentaire.
Il y a aussi "des entreprises qui se sentent coupables de leurs actes. (...) Si vous voulez le visage de Stan sur une boîte à déjeuner, voulez-vous que les gens aient des pensées joyeuses à son sujet ? Ou voulez-vous qu'ils sachent qu'il n'était pas si heureux que ça ?"
"C'est plus facile de vendre Stan s'il est heureux."
Né en 1922 à New York, Stanley Martin Lieber a commencé à travailler dès son adolescence chez Timely Comics, l'ancêtre de Marvel, où il a adopté le pseudonyme de Stan Lee et co-créé certains des super-héros les plus célèbres de tous les temps.
Ses personnages étaient des hommes imparfaits, dotés de super-pouvoirs mais confrontés à des problèmes quotidiens, ce qui a contribué à leur popularité au sein d'une communauté de fans pour qui il est devenu un auteur mythique.
- Mauvaises décisions -
La caméra de Bolerjack dépeint un Lee affable mais peu doué pour les affaires.
"Personne n'a pris de pires décisions commerciales que moi", déclare Lee dans une scène où il décrit un accord avec Disney où l'artiste aurait été floué par son avocat.
Au lieu de négocier des droits d'auteur sur les personnages Marvel, bien plus lucratif à long terme, il aurait accepté un paiement de six millions de dollars, dont son avocat aurait pris la moitié en frais.
Disney a racheté Marvel Entertainment en 2009 pour 4 milliards de dollars. Dix ans plus tard est sorti "Avengers : Endgame", le deuxième film le plus rentable de l'histoire, avec 2,9 milliards de dollars de recettes.
Mais Lee n'avait aucune rancœur, selon le réalisateur.
"Il savait qu'il avait fait une mauvaise affaire, et il n'a jamais cherché à en tenir rigueur à Disney," a insisté M. Bolerjack.
Le documentariste a révélé que le président de Marvel Studios, Kevin Feige, avait rendu visite à Lee un mois avant sa mort.
"Il a été très aimable (...) Je sais que Stan l'a apprécié et qu'il s'est senti privilégié qu'il ait pris cette peine", a-t-il raconté.
"Ses derniers jours se sont déroulés dans la paix", a déclaré le documentariste, qui se demande encore si Lee a réellement compris "ce qui lui était arrivé".
Pour M. Bolerjack, son documentaire ne traite pas d'une célébrité victime d'une escroquerie, mais d'une situation qui peut toucher n'importe qui et de l'importance de prendre soin de nos proches.
"Cela arrivera toujours, c'est arrivé à Elvis (Presley). Et cela arrivera à nouveau. Cela se passe probablement en ce moment même à 30 mètres d'ici", a-t-il déclaré en plein salon du Comic-Con, qui surfe depuis des décennies sur l'oeuvre de Stan Lee.
"Si je t'emmenais tout de suite dans la zone de vente, que je te montrais quelqu'un du doigt et que je te disais : +C'est le prochain Stan Lee+, que ferais-tu ?"
H.Romero--AT